Pour chaque mouvement populaire qui bouleverse les normes, de nombreux autres sont oubliés. Pourtant, il en faut bien peu pour qu'un mouvement prenne de l'ampleur : la différence entre la réussite et l'échec d'un mouvement social reposerait sur seulement 25 % de la population.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Un changement social commence toujours par un mouvement marginal qui prend de l’ampleur. Comment une opinion minoritaire peut-elle soudainement prendre de l’ampleur et être acceptée par la majorité? Le processus qui permet à un point de vue de devenir dominant reste complexe et difficile à prévoir, mais des chercheurs ont pu calculer la proportion de personnes nécessaire pour atteindre le point tournant.

En ce qui concerne les interactions en ligne, une étude, parue dans la revue Science, démontre que le nombre minimum de personnes à atteindre pour qu’une idée se transforme en mouvement n’est pas 50 % +1, mais seulement 25 %.

Si ce pourcentage de la population est formé d’individus convaincus de l’importance de leur point de vue, ils auront assez de poids pour faire basculer celui de l’autre 75 %.

Des jeux de mots

Les chercheurs ont démontré ce principe avec 200 participants bénévoles sur Internet qui interagissaient les uns avec les autres dans un format semblable aux sections de commentaires des réseaux sociaux.

L’expérience se déroulait comme un jeu. À chaque tour, les participants étaient groupés au hasard, deux par deux, et devaient donner, sans se consulter, un nom à une photo de visage qui leur était présentée.

À la fin du tour, on révélait les noms proposés et si les deux joueurs avaient le même, ils recevaient de l’argent. Si les noms étaient différents, ils en perdaient.

Les participants ne connaissaient ni la taille du groupe ni avec qui ils interagissaient, comme ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Malgré tout, en 20 à 25 tours, une norme informelle était établie et l’ensemble du groupe donnait le même nom.

La main invisible du militantisme

Une fois cette norme établie, les chercheurs ont laissé ces groupes être « infiltrés » par des personnes s’étant auparavant entendues sur le nom à donner.

Les résultats montrent que si les infiltrés représentaient moins de 25 % du groupe, ils ne réussissaient pas à changer la norme et les convertis revenaient rapidement au consensus précédent.

Cependant, dès que ce « chiffre magique » était atteint, le point de vue alternatif prenait de l’ampleur et, éventuellement, devenait celui de la majorité.

Si on transpose ces résultats dans la vraie vie, cela veut dire que si un certain point de vue est partagé par 24 % de la population, ça ne suffit pas à influencer le reste du groupe. Toutefois, dès que le 25 % est atteint, la dynamique change. La conversion n’est pas instantanée, mais à la longue, la base engagée finira par changer l’opinion populaire.

Le modèle dans l’étude reste toutefois assez neutre et le groupe qui voulait changer le consensus ne faisait pas face à une opinion enracinée, comme c’est le cas avec certains thèmes sociaux difficiles ou s’il y a une influence d’autres groupes de pression. Ce n’était qu’une question d’argent. L’étude reste toutefois une base intéressante pour comprendre les interactions sociales.

Par contre, ces résultats peuvent être inquiétants si on les combine aux tendances, de la part d’industries ou de certains groupes politiques, à vouloir influencer les gens par l’entremise des réseaux sociaux.

Les chercheurs veulent maintenant vérifier si l’opinion peut être aussi facilement changée quand les gens interagissent avec des « bots », des robots conversationnels en ligne.

.