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Alzheimer : des gouttes de gras dans le cerveau mises en cause

Les personnes atteintes d'alzheimer ont des dépôts de gras dans le cerveau qui pourraient être responsables de la maladie, selon une étude menée au Québec.

L'étude, publiée aujourd'hui dans la revue scientifique Cell Stem Cell, accrédite ainsi la thèse que la maladie serait en partie due à un trouble du métabolisme au même titre que le diabète et l'obésité.

À l'heure actuelle, les médicaments n'agissent que sur les symptômes de l'alzheimer, mais ces travaux menés par des chercheurs affiliés à l'Université de Montréal ouvrent la voie à de nouveaux traitements qui pourraient s'attaquer aux causes de la maladie.

Les chercheurs ont examiné les cerveaux de neuf patients morts de la maladie d'Alzheimer et trouvé significativement plus de gouttelettes de gras en comparaison avec cinq cerveaux sains. Les scientifiques ont aussi observé la présence de ces gouttelettes chez des souris génétiquement modifiées pour contracter la maladie d'Alzheimer.

Après des analyses, ils ont trouvé que ces dépôts de gras étaient des triglycérides contenant des acides gras, similaires aux graisses animales et aux huiles végétales.

« Nous avons découvert que ces acides gras sont produits par le cerveau, qu'ils s'accumulent lentement avec le vieillissement normal, mais que le processus est fortement accéléré en présence de gènes prédisposant à la maladie d'Alzheimer », soutient le professeur en neuroscience Karl Fernandes, qui est aussi chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CRCHUM).

Les chercheurs soutiennent qu'il existe des molécules pharmacologiques qui peuvent inhiber l'enzyme qui produit ces acides gras. Ces molécules actuellement testées pour des maladies métaboliques comme l'obésité pourraient s'avérer efficaces pour traiter la maladie d'Alzheimer, croient-ils.

Les travaux sont basés sur des observations qu'avait déjà faites le Dr Alois Alzheimer, il y a plus de 100 ans, une piste qui avait toutefois été délaissée. « Nous avons réalisé que le Dr Alois Alzheimer lui-même avait noté la présence de lipides dans le cerveau des patients après leur mort, lorsqu'il a décrit la maladie pour la première fois en 1906. Mais cette observation a été écartée et largement oubliée en raison de la complexité biochimique des lipides », affirme l'étudiante au doctorat Laura Hamilton, dans un communiqué.

La maladie d'Alzheimer progresse de façon alarmante dans le monde. Toutes les trois secondes, une personne est atteinte de démence, la plupart du temps causée par l'alzheimer. Selon la Société internationale de la maladie d'Alzheimer, cela représente 10 millions de nouveaux cas par année. Il y a présentement 47 millions de personnes atteintes de démence dans le monde.

La Fédération québécoise des sociétés Alzheimer se réjouit de cette percée scientifique. La directrice générale de l'organisme, Josée-Lisa LeFrançois, rappelle que plusieurs études sur la maladie ont été publiées depuis le début de l'année.

« C'est vrai que tous les essais cliniques jusqu'à maintenant n'ont pas réussi, malheureusement. Mais [...] plus on aura de pistes qui sont intéressantes et qui sont plausibles, plus on risque de trouver finalement un jour le remède », souligne-t-elle. 

Quelque 740 000 Canadiens sont atteints d'Alzheimer, un chiffre appelé à croître au cours des prochaines années.

Avec les informations de René Saint-Louis

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