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Apprendre une langue, c’est plus facile jusqu’à 18 ans

Les enfants restent très habiles pour apprendre les règles de la grammaire d'une nouvelle langue beaucoup plus longtemps qu'on le pensait, c'est-à-dire jusqu'à 17-18 ans.

Un texte d'Alain Labelle

Cependant, ces travaux de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) révèlent aussi qu'il est pratiquement impossible d'atteindre un niveau comparable à celui d’une langue maternelle si on commence à l’apprendre après l'âge de 10 ans.

Les personnes qui commencent à apprendre une langue entre 10 et 18 ans l’apprendront rapidement aussi, mais comme ils disposent d’une fenêtre plus courte avant que leur capacité d'apprentissage ne diminue, ils n'atteignent pas les compétences des personnes dont c’est la langue maternelle.

Le psychologue Joshua Hartshorne et ses collègues en sont venus à ces conclusions grâce aux données rassemblées à partir d’un test de grammaire qu’ils ont mis sur Facebook et qui a été effectué par près de 670 000 personnes de nationalités et d'âges différentes.

Période critique

À ce jour, de nombreux indices laissent à penser qu'il est plus difficile d'apprendre une langue à l'âge adulte, ce qui a conduit les scientifiques à proposer l’idée d’une « période critique » pour l'apprentissage des langues. Toutefois, la durée de cette période et ses causes demeuraient inconnues.

Apprentissage rapide

Il est généralement admis que les enfants apprennent les langues plus facilement que les adultes. Ce phénomène est observé dans les familles qui immigrent dans un nouveau pays, mais il est difficile à étudier en laboratoire.

De précédents travaux avaient été menés en laboratoire avec des adultes et des enfants auxquels on avait enseigné les rudiments d’une langue pour ensuite les tester. Dans ces conditions, les adultes étaient meilleurs pour apprendre que les enfants.

Il est difficile de suivre des individus pendant qu'ils apprennent une langue sur une longue période de quelques années, et cela prend beaucoup de temps; c'est pourquoi les chercheurs ont adopté une approche différente.

Ils ont décidé de prendre des instantanés de centaines de milliers de personnes qui étaient à différentes étapes de l'apprentissage de l'anglais. En mesurant la capacité grammaticale de nombreuses personnes d'âges différents qui ont commencé à apprendre l'anglais à différents moments de leur vie, ils ont pu obtenir suffisamment de données pour arriver à des conclusions significatives.

Créer un test révélateur

L'estimation initiale des chercheurs était qu'ils avaient besoin d'au moins 500 000 participants pour obtenir des résultats significatifs. Face au défi d'attirer autant de sujets, ils ont décidé de créer un quiz de grammaire suffisamment divertissant pour devenir viral.

Avec l'aide de quelques étudiants de premier cycle du MIT, M. Hartshorne a parcouru des articles scientifiques sur l'apprentissage des langues pour découvrir les règles grammaticales les plus susceptibles de donner du fil à retordre à des sujets apprenant une autre langue que leur langue maternelle.

Pour attirer un plus grand nombre de personnes à passer leur test, les chercheurs ont également inclus des questions qui n'étaient pas nécessaires pour mesurer l'apprentissage des langues, mais qui étaient conçues pour révéler quel dialecte de l'anglais parle le participant au test.

Par exemple, un anglophone du Canada pourrait dire que la phrase « I'm done dinner » est correcte, alors que la plupart des autres diraient le contraire.

Quelques heures après avoir été publié sur Facebook, le jeu-questionnaire de 10 minutes « Which English? » était devenu viral, au grand bonheur de l’équipe de recherche.

Les semaines qui ont suivi ont été consacrées au bon fonctionnement du site Internet, qui était submergé en raison du trafic, mais c’était un beau problème puisque cela montrait que leur quiz atteignait son objectif.

Une longue période critique

Après que les participants ont répondu au questionnaire, les chercheurs leur ont demandé de révéler leur âge actuel et l'âge auquel ils ont commencé à apprendre l'anglais, ainsi que d'autres informations sur leurs antécédents linguistiques.

Ainsi, des données complètes ont été recueillies auprès de 669 498 personnes. Des informations que l’équipe de recherche a dû analyser.

Plusieurs modèles informatiques ont été utilisés afin d’établir lequel d’entre eux était le plus cohérent avec leurs résultats qui montrent donc que la capacité d'apprentissage de la grammaire reste forte jusqu'à l'âge de 17 ou 18 ans, date à laquelle elle commence à diminuer.

Ces résultats laissent à penser que la période critique pour l'apprentissage de la langue est beaucoup plus longue que ce que les scientifiques cognitifs ne le pensaient jusqu’à aujourd’hui.

En outre, les auteurs notent que les adultes sont encore capables d’apprendre des langues étrangères, mais ils ne pourront toutefois pas atteindre le niveau d'un locuteur natif s'ils commencent à apprendre à l'adolescence ou à l'âge adulte.

Explications nébuleuses

On ne sait toujours pas ce qui fait que la période critique se termine vers l'âge de 18 ans. Des facteurs culturels pourraient entrer en jeu, mais des changements dans la plasticité du cerveau qui se produisent autour de cet âge pourraient aussi avoir un rôle à jouer.

Il est possible qu'il y ait un changement biologique. Il est également possible qu'il s'agisse de quelque chose de social ou de culturel.

La prochaine étape

Les auteurs de ces travaux dont les détails sont publiés dans la revue Cognition (en anglais) veulent mener d’autres études qui compareront les locuteurs natifs et non natifs de l'espagnol.

Ils prévoient également analyser différents aspects individuels de la grammaire en fonction des périodes critiques. Autre élément qu’ils veulent aborder : l'accent. Celui-ci pourrait bénéficier d’une période critique encore plus courte.