Êtes-vous de ceux qui bâillent juste à la vue d'un bâilleur? La réponse à cette question dévoilera un côté de votre personnalité.

Un texte d'Ève Christian

Selon des études, 50 à 60 % des gens qui voient quelqu’un bâiller, qui entendent parler du bâillement ou qui lisent sur le sujet se mettent à bâiller bien malgré eux. Et ces personnes sensibles à la « contagion » que l’on préfère nommer réplication comportementale ou mimétisme, ont le profil psychologique suivant : ils ont une aisance à se mettre à la place des autres, à ressentir ce que les autres ressentent, à décrypter l’émotion et l’état d’être d’autrui. Ce sont des personnes empathiques.

On remarque aussi que ce mimétisme s’acquiert avec l’âge et est plus marqué quand les bailleurs sont des gens qui nous sont familiers. Ce comportement d’imitation est presque exclusivement humain; en fait, on le note aussi chez les grands primates, comme le chimpanzé.

Qu’est-ce qu’un bâillement?

Cette action se fait en plusieurs étapes.

Elle commence par une stimulation qui fait contracter plusieurs muscles du cou, de la mâchoire et du diaphragme de façon à accroître la capacité des voies respiratoires à prendre une grande respiration. Les voies respiratoires s’ouvrent donc de manière maximale, le larynx et le pharynx augmentent leur volume jusqu'à quatre fois par rapport à leur état normal quand on respire.

Les trompes d’Eustache se ferment et l’ouïe est alors diminuée. Les paupières se ferment et les canaux lacrymaux se compriment faisant parfois perler une larme. Souvent, les bâillements sont accompagnés d’étirements.

Puis, arrive l’expiration, après un court arrêt respiratoire, suivi du relâchement des muscles, de l’ouverture des yeux et de la fermeture de la bouche.

Pendant le bâillement, on perd un peu le contact avec ce qui nous entoure et on s’aère l’esprit. Après avoir bâillé, on se sent dans un grand état de bien-être; on a une certaine sensation de paix et de plaisir.

Après avoir bâillé, souvent on se sent bien. Ça apporte une certaine sensation de paix de plaisir, certains diraient même presque une certaine jouissance, vraiment un état de bien-être.

Dre Chantal Vallée, spécialiste en médecine interne à l’hôpital Charles-LeMoyne

Pourquoi bâiller?

Les anciens ouvrages médicaux enseignaient que le bâillement apporte un surplus d’oxygène au cerveau. Mais en 1987, des études mesurant les concentrations de dioxyde de carbone et d’oxygène dans le sang ont indiqué que c’est faux.

Même si aucune structure cérébrale précise n’a été identifiée comme étant le centre du bâillement, on sait qu’il naît dans les structures archaïques du cerveau présentes chez tous les vertébrés.

Mais grâce à certains neurotransmetteurs, on comprend un peu mieux la raison d’être des bâillements. Des expériences ont été menées afin de comprendre la relation entre certains neurotransmetteurs et la fréquence des bâillements. On constate que la libération de dopamine et l’injection d’histamine dans l’hypothalamus, une structure complexe du cerveau, provoquent la production d’ocytocine et des rafales de bâillements s’ensuivent.

En mots simples, l’action de bâiller est étroitement liée à l’état de vigilance.

Remarquez les moments où l’on bâille : lorsque la fatigue nous assaille, souvent à la fin de la journée, quand on s’ennuie, qu’on effectue des tâches répétitives et monotones, lorsqu’on est confiné dans un endroit restreint, sombre, où il fait chaud. On va aussi naturellement bâiller pour combattre l'assoupissement au volant. Et ça arrive également au réveil, avec des étirements. Vous avez remarqué le dos rond des chats et des chiens qui bâillent?

D’ailleurs, il n'y a pas que les humains qui bâillent pour stimuler la vigilance; tous les vertébrés le font. Mais chez certaines espèces, le bâillement est aussi associé à l’alimentation. Certains animaux en captivité bâillent à l’approche du moment de leur repas, alors que les animaux sauvages ont des bâillements répétés avant de partir à la chasse ou lorsqu'ils sont sur le point de dépecer une proie, comme le font les hyènes.

Le bâillement se produit aussi en situation de stress, comme il a été constaté par une expérience faite sur le Microspathodon Chrysurus, un poisson vivant dans les eaux des Caraïbes. Naturellement agressif, il arrête de nager quand il aperçoit l'un de ses semblables, son corps se raidit et il exécute quelques bâillements.

On constate aussi que bâiller joue un rôle dans la communication non verbale et dans les interactions sociales. Par exemple, chez les singes, le bâillement est plus fréquent chez les mâles pubères et c’est davantage marqué s’ils sont les dominants des groupes.

Qui bâille?

Il y a de plus grands bailleurs que d'autres, comme il y a aussi de plus grands dormeurs; aucun lien avec le sexe.

Cependant, plus on avance en âge, moins on a besoin de sommeil et moins on bâille. Les personnes âgées bailleraient une dizaine de fois par jour alors que jusqu’à un an, un bébé peut bâiller 25 à 30 fois chaque jour.

Des échographies démontrent que même les fœtus bâillent et même que souvent, ils s’étirent en même temps. Cette action de bâiller apparaît vers la 12e semaine, en même temps que celle de sucer ou de déglutir.

Et puis? Êtes-vous empathique? Avez-vous bâillé pendant cette lecture?

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