Les biologistes du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs soupçonnent que la population d'ours noirs est en croissance au Québec. Voici pourquoi. 

Un texte de Dominique Forget de Découverte 

Chaque année, des centaines de Québécois contactent le ministère de la Faune pour signaler la présence d'un ours importun sur leur propriété. Ce nombre pourrait être appelé à croître. Le responsable? Le réchauffement climatique.

Quand le temps est plus doux, les ours sortent de leur tanière plus tôt au printemps et y entrent plus tard à l'automne.

Pour valider son intuition, le biologiste Christian Dussault a entrepris le tout premier recensement systématique de la population d'ours noirs au Québec.

Nez à nez avec les ours

Pour estimer la densité des caribous ou des orignaux, les biologistes les comptent à partir des airs. C'est ce qui permet de fixer les quotas de chasse. Avec les ours, impossible d'avoir recours aux inventaires aériens. L'été, ils sont cachés dans la forêt, et l'hiver, dans leur tanière. Pour les compter, il n'y a qu'une solution : il faut aller à leur rencontre sur le terrain.

La pose d'un collier

À l'été 2016, l'équipe a capturé des ours dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Pour les attraper, les chercheurs utilisent de simples chaudières dans lesquelles ils ont percé un trou. Au fond, ils placent un appât irrésistible pour l'ours : un mélange de gâteau, de confiture de fraise et de mélasse.

Chaque matin, l'équipe fait le tour de tous pièges installés dans la région. Si un ours a été capturé, les chercheurs l'anesthésient rapidement. Ils prélèvent quelques échantillons afin de dresser le bilan de l'animal, puis lui installent un collier émetteur.

Repérer les tanières

Cet automne, les biologistes repèrent l'endroit où chaque ours capturé pendant l'été a choisi de passer l'hiver. À bord d'un hélicoptère, en détectant le signal des colliers émetteurs avec une antenne, on arrive à déterminer l'endroit précis de chaque tanière.

Compter les bébés

L'hiver venu, les chercheurs mettent le cap sur chaque tanière. Ils creusent une ouverture dans l'abri aménagé par la bête. À l'aide d'une seringue fixée au bout d'un bâton, le technicien Dominic Grenier anesthésie l'ours qui se cache au fond.

Dominic Grenier se contorsionne ensuite pour sortir l'ourse de sa tanière. Il ajuste le collier émetteur et, surtout, compte les oursons. Voici comment il s'y prend :

« Quand on retourne à la tanière revoir la même femelle l'année suivante, on est capable de voir si elle est encore en présence de tous ses oursons. Si on a vu trois oursons la première année et qu'il en reste seulement deux l'année suivante, on sait qu'il y a un ourson qui est mort durant l'année. Ça nous permet d'avoir une évaluation du taux de survie », explique Christian Dussault, du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs.

Chaque ours sera suivi pendant cinq ans, après quoi le collier autour de son cou se détachera.

Si tout va bien, le recensement devrait se terminer en 2023.