L'arrivée récente sur le marché de boissons alcoolisées aromatisées au guarana ou le mélange maison de boissons énergisantes caféinées et d'alcool inquiète les médecins et les autorités de la santé publique. En quoi ce mélange caféine et alcool peut-il poser un risque?

Un texte d’André Bernard, de Découverte

Tous ceux et celles qui ont fait l’expérience de consommer de l’alcool le savent. À un certain stade de la consommation, l’alcool émousse la vivacité du buveur. Or, ce n’est pas le cas en début de consommation. Dans la phase ascendante de la consommation, l’alcool a un effet stimulant : il agit sur la dopamine et c’est à ce stade de la consommation que la caféine peut avoir un effet plus marqué.

Selon le Dr Laliberté, le buveur va avoir le sentiment qu’il a plus d’énergie et que l’expérience en elle-même est plus agréable. Cette sensation s’expliquerait en partie par l’effet de la combinaison au niveau de l’activité dopaminergique du cerveau.

Des études ont montré que certains adeptes du mélange alcool-caféine percevaient un niveau d’éveil plus grand, au point de croire qu’ils étaient moins intoxiqués qu’ils ne l’étaient en réalité; ce qui pouvait les mener à adopter des comportements plus à risque, comme conduire.

C’est en partie sur la base de ces recherches que Santé Canada a proscrit la vente de versions alcoolisées de boissons énergisantes caféinées. Une mise en garde sur ces contenants indique d’ailleurs « ne pas mélanger avec de l’alcool ». Toutefois, cela n’empêche pas les mélanges maison d’alcool et de boissons énergisantes caféinées.

Quant aux boissons alcoolisées aromatisées au guarana, Santé Canada en autorise la vente, parce qu’elle juge que l’ajout d’un arôme de guarana, qui contient naturellement de la caféine, présenterait des teneurs en caféine peu susceptibles d’avoir des effets stimulants chez l’ensemble de la population. Par contre, ce qui préoccupe les médecins dans ces boissons-ci, c’est leur teneur élevée en alcool (jusqu’à 11,9 %) et la taille des contenants, jusqu’à 700 millilitres.

Risque de coma éthylique

Dans un cas comme dans l’autre, le risque potentiel perçu par les médecins est une intoxication à l’alcool. Elle peut, dans certains cas, conduire le consommateur d'alcool à un coma éthylique; une condition qu’on peut atteindre plus rapidement qu'on pense.

Le coma éthylique est un état grave durant lequel nos facultés sont graduellement affectées. La personne est alors plus ou moins consciente, sa tension artérielle chute, la température de son corps s’abaisse, ses muscles perdent de leur tonus et parfois, quand l’alcool est mélangé au stimulant, le cœur palpite.

Durant un épisode de coma éthylique, l’amplitude du mouvement de la cage thoracique est moins grande et la respiration est moins profonde; la personne est à risque de s’étouffer, en vomissant, ou de subir une auto-intoxication.

Bien que le coma éthylique soit un état sérieux, il est relativement facile à traiter, une fois admis à l’hôpital. Le danger, c’est qu’une personne souffrant d’un coma éthylique soit laissée à elle-même. Son état peut parfois avoir des conséquences fatales si elle n’est pas conduite à l’urgence.

C’est pourquoi les médecins et les autorités de la santé publique militent pour un meilleur contrôle de ces boissons, d’autant plus qu’elles visent souvent une clientèle de jeunes adultes.