Les chercheurs estiment que de 2 % à 5 % de la population serait synesthète, une particularité qui pourrait permettre à la personne qui la possède de « voir » de la musique, « goûter » des mots ou même « entendre » des images.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Par contre, une véritable estimation reste difficile, car il s'agit d'un fait rare. Et les personnes concernées ne se rendent pas toujours compte de leur particularité.

On ne sait pas non plus ce qui cause la synesthésie, bien qu’on pense qu’elle est le résultat du mélange de plusieurs sensations par le cerveau. On suppose une origine génétique puisqu'il semble y avoir des concentrations plus élevées de ce phénomène chez les femmes et dans certaines familles.

Il existe des centaines de variantes de ce phénomène. Si les effets les plus spectaculaires restent rares – comme avoir une saveur sucrée en bouche en voyant une œuvre d’art – d’autres formes qui impliquent des sens souvent associés, comme la vue et l’audition, pourraient être plus fréquentes.

Une lumière assourdissante

Pour combler le manque d’information que l’on possède sur la synesthésie, des chercheurs britanniques ont voulu vérifier si les cas de personnes synesthètes qui entendent des sons quand ils voient de la lumière sont plus fréquents que les autres types.

Leurs résultats, publiés dans le journal scientifique Counsciousness and Cognition, suggèrent qu'un cinquième de la population pourrait avoir une forme légère de synesthésie.

Ce résultat surprenant a été obtenu lors d’une expérience dans laquelle une quarantaine de participants étaient exposés à des sons et à des lumières. Les chercheurs ont remarqué que 22 % des personnes entendaient des sons lorsqu’ils étaient exposés à des faisceaux lumineux, alors qu’il n’y avait en réalité aucun bruit.

Plus impressionnant encore, ces mêmes 22 % affirmaient être incapables de bien se concentrer sur un son réel lorsqu’elles étaient exposées à des faisceaux lumineux à cause de la superposition entre les sons réels et ces bruits « inexistants ».

La vue et l’ouïe, partenaires indissociables

Un chiffre de 22 % est très étonnant et beaucoup plus élevé que le 2 à 5 % des synesthésies plus « exotiques ».

L’étude montre donc qu’il pourrait y avoir un gradient de synesthésie. Ainsi, certaines variantes du phénomène seraient plus répandues dans la population, et d’autres, plus rares.

Les chercheurs avancent l’hypothèse que la vue et l’ouïe étant plus souvent associées dans la vie de tous les jours, il pourrait y avoir un renforcement entre ces deux sens au niveau du cerveau qui favoriserait des expériences croisées.

Toutefois, ils ne se sont pas penchés sur les causes ou sur les origines biologiques de cette réaction, uniquement sur la prévalence des associations son et lumière.

Savoir que certains types de synesthésies sont plus courants que d’autres pourrait nous aider à mieux comprendre l’univers étrange de ce don, grâce auquel, comme le disait Baudelaire : « Les couleurs, les parfums et les sons se répondent. »

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