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Cette faille qui pose un risque de séismes sur la côte ouest

La Californie n'est pas la seule région d'Amérique du Nord à courir le risque de subir un puissant tremblement de terre. Au large du Canada et des États-Unis, en plein océan Pacifique, se cache une ligne de faille capable de produire des séismes qui menacent la côte ouest. Des chercheurs commencent à comprendre la source de sa puissance.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Mesurant plus de 1000 km et traversant le nord de la Californie jusqu’à la Colombie-Britannique, la faille de Cascadia est responsable de tremblements de terre de magnitude 8 et 9, survenus tous les deux à cinq siècles d'intervalle.

Les séismes sont presque tous causés par le déplacement des plaques tectoniques, ces gigantesques segments de roche solide qui forment la surface de la Terre et se déplacent de quelques centimètres par an. Lors de ces déplacements, elles vont se frotter l’une contre l’autre ou se chevaucher.

Dans le cas de la faille de Cascadia, on a affaire à une zone de subduction, un endroit où la plaque Juan de Fuca, dans l’océan Pacifique, est poussée sous la plaque nord-américaine.

Les scientifiques étudient les dynamiques de cette région afin de mieux prévoir le moment où frappera le prochain tremblement de terre. Le dernier connu remonte à 1700, avant la fondation des premières grandes villes. Aujourd’hui, un tel tremblement de terre pourrait affecter des dizaines de millions de personnes.

Les indices du passé

On a commencé à mieux comprendre la force de la faille de Cascadia seulement au cours des années 90. Pour ce faire, des chercheurs ont fait des liens entre plusieurs indices.

Certains sont environnementaux, comme une région de l’Oregon surnommée la forêt fantôme. Il s’agit d’une plage où l'on retrouve des centaines de souches d’arbres qui sont morts lorsqu’ils se sont enfoncés dans l’océan au cours d’un précédent tremblement de terre.

D’autres éléments proviennent de certains récits, tels que ceux racontés par les Premières Nations de ces régions à propos de communautés disparues en une nuit, emportées par d’immenses vagues qui ont projeté leurs canots au sommet des arbres.

D’autres récits nous viennent d’aussi loin que le Japon. En l’an 1700, ce pays a été frappé par un tsunami qui a ravagé les côtes sur des centaines de kilomètres. Toutefois, les Japonais n’avaient détecté aucun tremblement de terre, eux qui avaient pourtant déjà fait le lien entre séismes et tsunamis, longtemps auparavant. Pendant un long moment, cette vague a gardé son surnom de tsunami orphelin.

On sait maintenant que cette vague a été causée par un tremblement de terre sur la côte ouest américaine, ayant traversé le Pacifique en 10 heures seulement. Tous ces indices ont permis de conclure que des mégatremblements de terre surviennent tous les 200 à 500 ans le long de la faille de Cascadia.

Une faille étonnamment rigide

Dans une étude publiée dans la revue Nature Geoscience, une équipe de chercheurs explique l’une des raisons pour lesquelles les tremblements de terre sont aussi puissants le long de cette faille.

En combinant des observations sismiques avec des échantillons de sol, les chercheurs ont remarqué qu’une épaisse couche de sédiments extrêmement compacte s’accumule entre la plaque nord-américaine et la plaque Juan de Fuca.

Nommés prismes d’accrétion, ces sédiments s’accumulent à l’endroit où l’une des plaques plonge sous l’autre, comme lorsqu’on racle un couteau enduit de mayonnaise sur le bord d’un contenant.

Dans le cas de Cascadia, ces sédiments sont aussi très étanches et empêchent l’eau de pénétrer dans le sol. Cette sécheresse rend le mouvement entre les deux plaques plus difficile et favorise l’accumulation de tensions qui seront relâchées en un gros tremblement de terre.

De plus, si un tremblement de terre se déroulait dans ces endroits, la rigidité du sol permettrait à l’énergie des secousses de parcourir une plus grande distance avant de se dissiper. Cela rendrait un séisme non seulement plus dangereux sur terre, mais déplacerait également un plus grand volume d’eau en mer, provoquant donc de plus gros tsunamis.

Selon l’étude, les zones à risque englobent de grandes villes comme Seattle et Portland, mais par le passé, de nombreux experts ont signalé que Vancouver et Victoria sont également à risque.

Même s’il est impossible pour l’instant de prévoir quand un tremblement de terre se produira, mieux comprendre ces tensions permettra d’avoir une meilleure idée du déroulement du phénomène afin d’envisager les plans de réactions.

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