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Climat : des glaces menacent la navigation dans l’Atlantique Nord

Un chercheur spécialisé dans les changements climatiques sonne l'alarme sur les risques de la navigation dans les eaux de l'Atlantique Nord, après qu'un brise-glace canadien a dérivé de sa mission de recherche dans l'Arctique l'été dernier, affrontant un niveau de glace jamais vu sur la côte de Terre-Neuve.

Une équipe de scientifiques provenant de cinq universités canadiennes avait planifié monter à bord du brise-glace CCGS Amundsen pour étudier les effets des changements climatiques. En raison de conditions météorologiques dangereuses, le bateau a plutôt dû participer à une mission de secours dans la région du détroit de Belle-Isle.

« C’est impossible de naviguer à travers ces glaces à moins d’être à bord d’un brise-glace comme celui sur lequel nous naviguions », confie David Barber, un chercheur de l’Université du Manitoba qui menait l’expédition dans l’Arctique.

« Durant deux semaines et demie, la situation était critique. Nous avons dû effectuer des sauvetages, répondant à plusieurs appels par jour. Tout le monde est habitué à naviguer dans des eaux dépourvues de glace dans cette région, à cette période de l’année », explique David Barber.

Le brise-glace a escorté des pétroliers et des traversiers pris dans les glaces. Il a secouru des pêcheurs coincés sur des plaques de glaces flottantes après que certaines aient percé la coque de leur bateau.

« C’est devenu très clair qu’on devait comprendre d’où venaient ces glaces et pourquoi elles étaient arrivées jusqu’ici. Personne ne s’attendait à un tel phénomène », précise David Barber.

Les résultats de leur recherche ont été publiés dans le numéro de mars de la revue américaine Geophysical Research Letter.

Les changements climatiques au banc des accusés

Malgré les multiples sauvetages, les chercheurs du brise-glace ont tout de même été en mesure de mener quelques recherches et de documenter les caractéristiques et les comportements de la glace.

Au cours des dernières années, la glace trouvée dans cette région à cette période de l’année avait en moyenne un demi-mètre d’épaisseur, selon David Barber. La glace qui entourait le brise-glace avait une épaisseur d’environ 5 mètres.

« La plupart des bateaux des environs ne sont pas conçus pour naviguer à travers ces glaces épaisses », souligne David Barber.

Sa recherche a conclu que la présence de glaces épaisses provenant de l’Arctique sur les côtes de Terre-Neuve est le résultat des changements climatiques. La fonte de ces glaces arctiques permet aux glaciers restants de bouger plus librement à travers des passages qui seraient normalement bloqués par ces mêmes glaces arctiques.

Des conséquences graves pour les marins

Ces glaces, vieilles de plusieurs millions d’années, sont plus épaisses, froides et puissantes que ce que les marins ont l’habitude de voir. Leur présence pourrait avoir des conséquences sur les ressources de la Garde côtiere, les pratiques de pêche commerciale et la navigation en eaux arctiques.

David Barber estime que le problème persistera au cours des prochaines années. « C’est un signal d’alarme pour tous les marins. Les bateaux doivent être construits pour résister à ces glaces », ajoute David Barber.

Il croit que les garde-côtiers et les pêcheurs doivent se doter d'un plan pour préparer les marins à la présence de ces glaces dans la région de l'Atlantique Nord.

« C’est un phénomène complexe, mais que la science peut expliquer en partie. C’est pour cette raison que nous avons mené cette recherche et que nous l'avons rendue accessible au public et aux chercheurs », conclut-il.