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Climat : les bonnes intentions, la dure réalité

Bonne nouvelle pour la planète, bonne nouvelle pour ses habitants d'aujourd'hui, de demain et même d'après-demain : les États-Unis et la Chine ont annoncé leur ratification de l'Accord de Paris sur les changements climatiques, au début de septembre, en marge du dernier sommet du G20.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

La nouvelle est importante. D'abord, parce que les États-Unis et la Chine sont les deux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre au monde, avec respectivement 18 % et 20 % du total des émissions. Elle l'est aussi parce qu'on vient de franchir un pas majeur vers l'entrée en vigueur de l'Accord de Paris, qui surviendra lorsque 55 pays représentant 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre l'auront ratifié. Avec le geste des États-Unis et de la Chine, 27 pays ont officiellement ratifié l'Accord, pays qui comptent pour plus de 39 % du total mondial des émissions.

Le Canada ne fait pas partie de ces 27 pays. Mais il a ou aurait l'intention de ratifier l'Accord avant la fin de l'année. L'Union européenne, qui représente 13 % des émissions mondiales, l'Inde, le Brésil, plusieurs pays africains devraient le faire aussi. Si bien qu'on peut raisonnablement s'attendre à ce que l'Accord de Paris entre en vigueur cette année ou au début de l'année prochaine - on en aura une bonne idée très bientôt, le 21 septembre, à New York, lors de la journée spéciale sur le climat organisée aux Nations-Unies.

Il n'est pas contraignant, juridiquement. Il n'est pas très strict sur les échéances (on parle de réduire les émissions « aussi vite que possible »). Il n'est peut-être pas réaliste : il faudrait réduire les émissions de 40 à 70 % d'ici 2050 pour ne pas dépasser un réchauffement de 2°C d'ici la fin du siècle. Et les réduire de 70 à 95 %, toujours d'ici 2050, si l'on vise un réchauffement de seulement 1,5°C.

Grandes questions : peut-on « décarboner » la production d'énergie? Et pourra-t-on le faire rapidement? Il faut se rappeler que les combustibles fossiles comptent pour plus de 85% de l'énergie primaire produite et consommée dans le monde. La transition vers une société sans carbone ou presque est donc un énorme défi. Technologique sans doute, par exemple pour retirer le CO2 de l'atmosphère. Mais surtout économique et politique, voire sociétal : nos économies carburent au carbone et nous sommes accros aux carburants fossiles.

L'exemple du Canada est plein d'enseignements à cet égard. Le Canada a joué les vedettes à la Conférence de Paris, la COP 21, en décembre dernier. On se souvient du fameux « Canada is back » du gouvernement libéral fraîchement élu, pour annoncer une rupture de politique avec le gouvernement conservateur tout aussi fraîchement battu. On se rappelle aussi que la ministre canadienne de l'Environnement, Catherine McKenna, a joué un rôle important dans cette conférence.

Mais la réalité canadienne n'est pas aussi simple quand on revient au pays. Les producteurs de pétrole des sables bitumineux veulent à tout prix continuer d'en produire... et d'en exporter. Le projet de l'Oléoduc Énergie Est soulève les controverses qu'on sait et, dans les discussions, l'argument du développement économique et des emplois pèse toujours lourd (on l'a vu avec la coalition patronale syndicale qui s'est formée au Québec pour dire « Oui à Énergie Est »). Au Québec, l'exploitation du pétrole dans un milieu aussi fragile que l'île d'Anticosti n'est pas impossible. La menace de l'exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent n'est pas écartée.

Entre les vœux pieux et les décisions politiques et économiques, il y a parfois un gouffre. Mais la réalité est dure et les faits sont têtus, comme l'a rappelé un article publié par la revue Nature au début de 2015. Pour limiter l'augmentation de la température du globe à 2°C en 2100 - ce qui n'est pas un objectif très ambitieux pour protéger le climat de la planète -, il faudra laisser dans le sol 80 % du charbon qui s'y trouve, 50 % du gaz, 30 % du pétrole. Et, notamment, 75 % du pétrole des sables bitumineux.

Et ils sont où, ces sables bitumineux ? Ils sont... au Canada.

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