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De moins en moins d’animaux empruntent le pont de la route 69

De juillet 2016 à juin 2017, 200 animaux sauvages ont traversé le pont surplombant la route 69 près de Killarney qui leur est destiné. Il s'agit là de près de la moitié du nombre observé en 2013, au terme de la première année d'existence du pont.

Un texte de Bienvenu Senga

L’infrastructure unique en son genre en Ontario a coûté 3 millions de dollars à la province. Des clôtures en acier de 16 km se trouvent de part et d’autre du pont.

La chute du taux d’utilisation du pont n’inquiète toutefois pas le ministère des Transports de l’Ontario, qui tient des données sur les déplacements de la faune dans les environs.

Les accidents routiers impliquant les animaux sauvages sur le tronçon clôturé de la route 69 ont baissé de plus de 70% au cours des cinq dernières années.

Deux tunnels environnants servent aussi à la circulation des animaux de grande taille.

Des améliorations nécessaires

Pour le professeur en écologie à l’Université Laurentienne, David Lesbarrères, le pont est essentiel au bien-être des animaux.

Il tient d’ailleurs à démentir la croyance populaire selon laquelle les passages fauniques servent de sites de capture de proies pour les animaux prédateurs. Une étude menée en 2010 sur l'efficacité des passages fauniques du Parc national Banff en Alberta soutient ses propos.

Parmi les espèces identifiées par le ministère des Transports, la baisse la plus importante se manifeste chez les chevreuils, dont le nombre enregistré en 2017 est le tiers de celui de 2013.

Le ministère indique par contre que les chevreuils, les orignaux et les ours préfèrent le pont par rapport aux tunnels.

M. Lesbarrères ne croit toutefois pas que cette diminution s’explique par un déclin de l’espèce animale dans la zone géographique mais plutôt par la flore du pont. « Au début, la végétation était limitée mais le pont est devenu vraiment naturel et c’est peut-être moins intéressant pour les chevreuils » avance-t-il.Un entretien de la végétation du pont pourrait contribuer, selon le professeur, au retour des chevreuils.

« Le dilemme quand on construit ce genre de structures et qu’on veut les maintenir, c’est de se demander si on essaie de faire un système qui fonctionne un peu pour tout le monde ou si on se focalise sur une espèce en particulier », note le professeur.

L’extension des clôtures afin de canaliser davantage d’animaux vers le pont pourrait aussi, selon M. Lesbarrères, produire de meilleurs résultats. « Ce n’est pas toujours facile avec le terrain rocailleux et les falaises, mais il faut continuer à essayer », conclut-il.

Quatre tunnels additionnels sont en cours de construction le long de la route 69.

Avec la collaboration de Vincent Wallon.

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