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Débat entre cardiologues sur le rôle du gras dans les maladies cardiaques

Les aliments riches en gras saturé comme le beurre, le fromage et les viandes obstruent-ils vraiment vos artères? Pas selon un groupe de cardiologues qui écrivent dans un éditorial que c'est « tout simplement faux ». Leur conclusion ne fait cependant pas consensus au sein de la communauté scientifique.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Contrairement à la croyance populaire, une diète pauvre en gras ne permettrait pas de réduire le risque de maladie cardiovasculaire et de diabète de type 2 chez les humains en santé.

Même chez ceux qui présentent déjà des problèmes cardiaques, le seul fait de réduire les gras ne permettrait pas d’éviter un infarctus, selon le cardiologue britannique Aseem Malhotra.

Les gras saturés ne bloquent pas les artères coronaires. Malheureusement, depuis des décennies, c’est l’élément central de la prévention et du traitement des maladies cardiovasculaires.

Le Dr. Aseem Malhotra

Le Dr Malhotra et les coauteurs de l’éditorial publié mercredi dans le British Journal of Sports Medicine disent vouloir changer les perceptions et s’attaquer aux racines du problème.

Selon eux, le fait d'adopter une diète basée sur le style de vie méditerranéen, de marcher d'un bon pas tous les jours et d'éloigner le stress sont davantage bénéfiques pour le cœur.

Une conclusion avec laquelle le Dr Martin Juneau, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal, est 100 % d’accord. « Je me tue à dire qu’il faut manger méditerranéen, faire de l’exercice, gérer son stress, que c’est beaucoup plus important que de surveiller son cholestérol, explique le cardiologue. Sauf qu’ils exagèrent. »

Le Dr Juneau déplore que ses collègues britanniques fassent des « raccourcis » scientifiques et ne prennent en considération que les études, ou certaines données d’études, qui « font leur affaire ».

Bon gras, mauvais gras

« C’est dangereux de généraliser », avance pour sa part le Dr Paul Poirier, de l’Institut de cardiologie de Québec.

C’est clair que les gras ne sont pas tous égaux. Les gras trans – qui seront bannis – sont très mauvais, les saturés sont moins mauvais, etc...

Le Dr Paul Poirier

« On ne peut pas nier qu’en baissant les gras saturés, s’ils sont remplacés par de bons gras, vous avez toujours un bénéfice, mais ce que ces auteurs oublient de dire, c’est qu’ils ne prennent que les études ou les gras saturés ont été remplacés par pire », critique à son tour Martin Juneau.

Dans son livre Un cœur pour la vie, le cardiologue aborde cette problématique. « On a démonisé les gras, sans comprendre qu’il y en avait de bons et de mauvais », rappelle-t-il. L’industrie alimentaire a donc coupé les gras, mais les a remplacés par des sucres.

Pire que les gras saturés?

En voulant à tout prix réduire leur mauvais cholestérol, des patients ont donc opté pour des diètes faibles en gras, mais riches en glucides. Or, une alimentation qui contient trop de « mauvais » glucides joue aussi un rôle dans le développement de maladies cardiovasculaires.

Manger trop de pain blanc, de pâtes et de patates, notamment, fait augmenter rapidement le taux de glucose dans le sang, explique le Dr Malhotra. En retour, le pancréas sécrète trop d’insuline, à un niveau qui ne permet plus aux cellules d’absorber les sucres qui donnent au corps son énergie.

Cette résistance à l’insuline entraîne son lot de conséquences, reconnaît le Dr Michael Farkouh, un cardiologue de l’hôpital général de Toronto, qui lui non plus n’a pas signé l’éditorial.

« La résistance à l’insuline fait en sorte qu’un processus inflammatoire inné dans le corps humain attaque la paroi des vaisseaux sanguins et enclenche le processus de durcissement des artères », poursuit-il.

C’est vrai, estime le Dr Juneau, selon qui il ne faut pas blâmer que le gras, mais aussi la malbouffe et le sucre, responsables de l’épidémie d’obésité.

Je trouve [qu'en disant] qu’on peut manger des gras saturés sans réserve - du bacon, des œufs, etc. -, que ce n’est pas ça le problème, [que] ce sont [plutôt] les sucres, [les auteurs de l'éditorial] exagèrent dans l’autre sens.

Le Dr Martin Juneau

Selon le cardiologue de Montréal, les auteurs de l’éditorial ne considèrent pas non plus le succès indéniable des diètes végétarienne et végétalienne, presque nulles en gras saturés, et qui inversent chez certains patients la maladie coronarienne.

L’éditorial se contente plutôt d’évoquer l’activité physique comme moyen d'inverser la résistance à l’insuline provoquée par un trop grand apport quotidien en sucre.

Du beurre et du sport?

Avant tout, il faut manger des mets préparés à la maison et avec des ingrédients naturels, insiste le diététiste Russell de Souza, de l’Université McMaster.

Comme les Drs Malhotra, Juneau et Poirier, il recommande la diète méditerranéenne, riche en légumes, en noix, en poissons et en huile d’olive extra-vierge.

Russell de Souza ajoute qu’au-delà du régime alimentaire, l’exercice physique et la réduction du stress par la méditation, notamment, préviennent aussi les maladies cardiovasculaires. Des principes sur lesquels s’entendent également les auteurs de l’éditorial.

Un style de vie basé sur une diète saine, de l'exercice régulier et le contrôle du stress devraient donc, selon eux, être au cœur du message de prévention, plutôt que le gras, en ce qui a trait aux maladies cardiovasculaires.

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