Trois hectares de terrains pollués à Pointe-aux-Trembles, dans l'est de Montréal, sont réhabilités grâce aux plantes, qui absorbent les contaminants en poussant. Le projet, amorcé en 2016, a déjà des résultats encourageants.

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Cédric Frenette Dussault et son équipe plantent pour le troisième été d'affilée des boutures de saule sur un terrain laissé à l’abandon.

Un hectare à la fois, ils mettent à l’essai une technique de décontamination entièrement végétale. « On utilise la plante comme une pompe pour essayer, avec ses racines, d’aller chercher ce qui se trouve dans le sol », explique le chercheur de l’Institut de recherche en biologie végétale de Montréal.

Les résultats obtenus sur le terrain semé l’année d’avant ont permis d’apporter des ajustements à ce projet de phytoremédiation, le plus grand du genre au Canada.

On a notamment constaté que le saule poussait sans difficulté. « Le saule est une espèce polyvalente, note Cédric Frenette Dussault. Il est capable de croître dans différents types de milieux avec un minimum d’aide. »

Avant de procéder à la plantation, le sol a été analysé. « Si c’était extrêmement contaminé, on ne pourrait pas planter ici, relève le chercheur. Les plantes ne survivraient pas. »

Des traces d’hydrocarbures, de sélénium et de cuivre, notamment, ont été trouvées à Pointe-aux-Trembles. L’un des terrains est d’ailleurs à proximité d’une usine qui produit du cuivre.

La pauvreté du sol, modérément contaminé, n’a pas empêché les plantes de prendre racine. Celles-ci se mettent alors au travail.

Les matières organiques, comme les produits pétroliers et les pesticides, sont dégradées par les bactéries et les champignons qui se rassemblent en périphérie des racines. Les métaux lourds, générés par l’activité industrielle, sont pour leur part absorbés et voyagent jusque dans les tiges et les feuilles de l’arbre.

Une option verte et peu coûteuse

Des terrains de Pointe-aux-Trembles seront ainsi réhabilités.

Une autre solution aurait été d’excaver les terres contaminées, puis de les traiter physiquement ou chimiquement. Elles auraient également pu être entreposées dans un site autorisé, mais ça aurait simplement été une façon de déplacer le problème, déplore le chercheur.

Les projets à grande échelle comme celui de l’est de Montréal sont plutôt rares, mais ils ont énormément de potentiel, croient les chercheurs, puisqu'ils sont verts et peu coûteux.

« Il faut améliorer les connaissances que nous avons de la phytoremédiation et développer la méthode pour la rendre plus efficace et plus opérationnelle », convient le professeur Michel Labrecque, du Département de sciences biologiques de l’Université de Montréal.

La phytoremédiation demande du temps. Les plantes doivent pousser, puis être coupées ou brûlées. « On ne peut faire disparaître le zinc, le cuivre ou le cadmium, explique le professeur, qui chapeaute le projet. La récolte des plantes et leur incinération demeurent les meilleures façons de procéder. » Les métaux emmagasinés dans leurs tissus peuvent alors être récupérés, et même réutilisés.

« Il faut maximiser les usages alternatifs de la biomasse », ajoute pour sa part Cédric Frenette Dussault. Celle-ci peut servir à faire du compost ou même à produire du biocarburant.

Un travail de longue haleine

Les trois terrains de Pointe-aux-Trembles sont maintenant verdoyants, preuve du succès obtenu par les chercheurs.

Chaque automne, quelques tiges sont coupées. Une fois séchées, elles sont broyées et trempées dans un acide, puis analysées par spectrométrie de masse afin de mesurer la quantité de contaminants emmagasinée.

Le changement du degré de contamination des sols, lui, ne pourra être évalué que dans une dizaine d’années. « Il faut laisser la nature travailler », assure Cédric Frenette Dussault.

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