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Découvrir une nouvelle espèce par jour au Nouveau-Brunswick

C'est le pari que font une quarantaine de chercheurs qui se rassemblent chaque année pour dénicher de nouvelles espèces qui étaient jusqu'alors absentes des registres de la biodiversité de la province. L'objectif semble relever de la fiction, mais il est pourtant plus que réaliste.

Un texte de Camille Martel

On pourrait faire ça éternellement, lance d’emblée Stephen Clayden, conservateur-chercheur en botanique et mycologie au Musée du Nouveau-Brunswick.

Le chercheur participe au projet BiotaNB depuis ses débuts.

Lui et une quarantaine d’autres chercheurs venus de partout au pays et des États-Unis passent deux semaines par année, en juin, dans une zone naturelle protégée au Nouveau-Brunswick.

Leur objectif est de recenser de nouvelles espèces animales ou végétales, dont les champignons.

Stephen Clayden est déjà en poste depuis quelques jours. Rejoint au bout du fil près du village de MacAdam, non loin de la frontière de l’État du Maine, il passe un deuxième été à chercher des lichens dans la zone naturelle protégée du lac Spednic.

Juste aujourd’hui, j’ai trouvé cinq ou six nouvelles espèces, dit-il, l’air enjoué.

Une province qui se démarque

Plusieurs seront surpris d’apprendre que l’inventaire des espèces au Nouveau-Brunswick est loin d’être complet.

D’autant plus que le Nouveau-Brunswick est une région particulièrement fertile : La province arbore énormément de milieux différents pour une aussi petite superficie. Par exemple, il y a deux zones côtières complètement différentes. C’est vraiment unique.

Non seulement, les chercheurs découvrent-ils des espèces qui n’avaient encore jamais été répertoriées au Nouveau-Brunswick, ni même dans le reste du monde.

Le projet BiotaNB fait exception au pays. C’est le seul du genre : Le projet a été conçu pour 20 ans, comme il y a 10 zones naturelles protégées au Nouveau-Brunswick et que nous passons deux années à chaque endroit, explique Stephen Clayden.

Jusqu’à présent, l’équipe du projet a visité les zones naturelles protégées de la rivière Jacquet, du Grand Lac, de Nepisiguit et de la Gorge-Caledonia.

Mieux protéger l'environnement

Si on ne connaît pas ce qui se trouve dans notre environnement, c’est très difficile de le protéger et [on risque] de perdre des choses que l’on ne connaît pas, commente Stephen Clayden, en soulignant l’importance du projet.

On me demande souvent : "C’est quoi la valeur d’un lichen?" Et bien, chaque fois que je rapporte du lichen, et que je le mets sous le microscope je découvre de petits insectes sur les feuilles. Si le lichen n’était pas là, les insectes ne seraient pas là non plus et les oiseaux qui mangent ces insectes seraient aussi absents, comme les mésanges par exemple, et ainsi de suite.

Croquer les découvertes fraîches

Il n’y a pas que des scientifiques sur le terrain à BiotaNB. Des artistes participent au projet chaque année afin de faire un pont entre l’art et la science.

L’artiste multidisciplinaire néo-brunswickois Mathieu Léger s’y est rendu pour la première fois en 2012 et il y retourne chaque année depuis ce moment.

Il réalise des séries de photographies.

Ce qui m’a frappé, c’est la passion des gens, dit-il.

Le lien entre l’art et la science est-il dur à établir? Pas du tout, répond d’emblée l’artiste.

Il dit s'être toujours intéressé à la science.

Je m’intéresse surtout au côté humain des procédés scientifiques. Par exemple, je photographie beaucoup les mains des biologistes. Ils n’ont pas peur de se salir les mains et je trouve que ça casse beaucoup avec l’image aseptisée des laboratoires.

Je trouve ça super intéressant la façon dont ils se servent de leur corps pour chercher, trouver, etc. Il compte faire une grande exposition en 2032. Il veut documenter 20 ans de découvertes, rien de moins.

C’est mon choix, j’ai un peu imposé ça au musée, dit-il le sourire aux lèvres.

Il a déjà exposé deux séries de photographies prises sur le terrain.

Cette année, le poète et journaliste Harry Thurston de la Nouvelle-Écosse sera aussi en résidence au projet BiotaNB.

Le Musée du Nouveau-Brunswick finance en grande partie le projet BiotaNB. Ce dernier reçoit aussi des subventions provinciales et des dons privés. Toute l’équipe sera sur le terrain jusqu’au 26 juin.

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