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Des bactéries intestinales pourraient déclencher certaines maladies auto-immunes

Certaines maladies auto-immunes pourraient se déclencher lorsqu'une espèce de bactérie se trouvant habituellement dans notre intestin pénètre dans le reste du corps. Cibler ces « touristes » malvenues pourrait représenter une nouvelle voie de traitement pour plusieurs de ces maladies.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

En temps normal, le microbiote, cet ensemble de centaines de milliards de bactéries qui peuplent notre corps, et le système immunitaire, qui est là pour nous protéger des microbes plus dangereux, coexistent en harmonie.

Toutefois, des chercheurs américains ont montré qu’une interaction entre les deux pourrait être à la source de plusieurs maladies auto-immunes.

Savoir reconnaître ses amis et ses ennemis

Pour comprendre les maladies auto-immunes, il faut savoir qu’au cœur du bon fonctionnement du système immunitaire se trouve un élément clé appelé la reconnaissance du soi.

Selon ce principe, les globules blancs vont laisser vivre ce qu’ils reconnaissent comme faisant partie du corps et attaquer tout le reste.

Malheureusement, ce système n’est pas parfait, et plusieurs personnes développent des maladies auto-immunes lorsque le système immunitaire ne reconnaît plus certaines cellules du corps et les détruit.

Il existe une très grande variété de ces maladies : le diabète de type 1, qui apparaît quand le système immunitaire attaque des cellules du pancréas, la sclérose en plaques, qui prend pour cible une partie des nerfs, la maladie de Crohn, qui affecte l’intestin, et même certains types d’arthrite sont, entre autres, causés par l’auto-immunité.

Toutes ces maladies nécessitent certaines prédispositions génétiques qui augmentent les risques que le système immunitaire fasse des erreurs. Elles nécessitent aussi un élément déclencheur et les chercheurs tentent, depuis un bon moment déjà, de comprendre ce qui pourrait servir de point de départ à ces maladies.

Tourisme indésirable

C’est là qu’entre en scène le microbiote. Une énorme quantité de bactéries vivent dans notre intestin et, normalement, elles y restent. Exceptionnellement, ces bactéries parviennent à entrer dans le reste de notre corps.

Jusqu’à maintenant, on croyait que ces invasions survenaient dans de rares conditions, comme lors de maladies inflammatoires de l’intestin ou quand notre système immunitaire est affaibli par la chimiothérapie ou d’autres maladies.

Toutefois, des chercheurs ont confirmé que certaines bactéries réussissent quand même à aller jouer les touristes ailleurs dans le corps sans avoir besoin de situations hors de l’ordinaire.

Pour voir si ces bactéries avaient un rôle à jouer dans l’auto-immunité, les chercheurs ont observé certaines régions du corps dans lesquelles elles peuvent se retrouver en premier, comme le foie, la rate ou certains ganglions.

En examinant ces régions chez des humains atteints de lupus, une maladie auto-immune qui s’attaque à plusieurs organes en même temps, ainsi que chez des souris génétiquement modifiées pour être susceptibles de déclencher ce genre de maladie, les chercheurs ont détecté plusieurs bactéries intestinales qui n’étaient pas à leur place.

L’une d’elles s’appelle Enterococcus gallinarum, et les chercheurs ont trouvé qu’une fois dans le corps, cette bactérie peut activer une réponse immunitaire assez forte pour créer des réactions auto-immunes, y compris la création d’anticorps contre certaines particules du corps humain.

Erreur d’identification

La raison pour laquelle le corps réagit ainsi demeure complexe. Il y a, entre autres, la présence de gènes de prédisposition. Toutefois, le statut spécial de ces bactéries intestinales pourrait pousser le système immunitaire à attaquer ce qui se trouve dans la région colonisée, autant les bactéries que les cellules normales.

Les chercheurs ne se sont pas limités à une étude d’observation. Chez la souris, l’administration d’antibiotiques ou de vaccins, qui ciblent spécifiquement cette bactérie, a réduit les symptômes d’auto-immunité chez l’animal et grandement diminué la mortalité causée par la maladie.

Bien que ces résultats soient impressionnants, il est important de spécifier que l’on n’est pas encore prêt à proposer des vaccins contre les maladies auto-immunes chez l’humain. Il n'est pas certain que des bactéries soient impliquées dans d’autres maladies auto-immunes. Et si elles le sont, les espèces mises en cause risquent de varier d’une maladie à l’autre. Néanmoins, cette étude donne tout de même une piste de plus pour comprendre, et un jour guérir, les maladies auto-immunes.