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Des bactéries pourraient nous protéger du cancer de la peau

Le microbiote, cet ensemble de centaines de milliards de bactéries qui peuplent notre corps, pourrait bientôt être la source d'un nouveau champ d'étude en prévention du cancer. Cette possibilité inattendue serait offerte par des bactéries que l'on trouve à la surface de notre peau!

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Notre corps contient des millions d’espèces de bactéries qui ont un effet positif sur notre organisme. Elles y sont nourries et protégées et, en bonnes colocataires, il arrive souvent qu’elles nous rendent la pareille.

Une équipe de l’Université de Californie à San Diego a montré qu’une espèce bactérienne très commune dans la population humaine est capable de nous protéger du cancer de la peau en réduisant la croissance de cellules tumorales.

D’autres chercheurs ont déjà montré que certaines bactéries produisent des substances qui empêchent des agents pathogènes de s’installer sur notre peau. L’une d’entre elles s’appelle Staphylococcus epidermidis.

En analysant les molécules produites par cette espèce, les scientifiques ont remarqué que l’une d’elles, appelée 6-HAP, possède une structure similaire à l’adénine, un élément clé de l’ADN. En poussant leur recherche, ils ont aussi remarqué que 6-HAP pouvait ralentir la production d’ADN.

Un allié inattendu dans la lutte contre le cancer

Cette observation a permis aux chercheurs d’élaborer l’hypothèse suivante : étant donné que les cellules cancéreuses croissent plus vite que la normale, cette molécule, qui ralentit la production d’ADN, pourrait peut-être ralentir également la progression d’une tumeur. C’est exactement ce qui est arrivé en l'expérimentant.

Le plus surprenant, c’est que les cellules saines étaient résistantes à cette molécule. Donc 6-HAP pouvait ralentir les cellules tumorales, tout en épargnant les cellules saines.

En testant le produit chez des souris, les chercheurs ont remarqué que, deux semaines après l’injection de cellules cancéreuses, les animaux ayant reçu des injections de la molécule tous les deux jours avaient des tumeurs 60 % plus petites que celles qui avaient reçu un placebo.

Mais les chercheurs devaient aller plus loin dans leur démarche, car l’habitat naturel de ces bactéries reste la peau. Pour voir si elles pouvaient y exercer un effet anti-cancer, ces dernières ont donc été appliquées sur des souris sans poils, qui ont par la suite été exposées à des rayons UV deux fois par semaine, une technique standard pour étudier le cancer de la peau.

Au bout de trois mois, les souris colonisées par les bactéries protectrices avaient développé beaucoup moins de cancers de la peau que celles qui avaient été exposées à des bactéries différentes.

Réguler le microbiote, un traitement d’avenir

Ces deux expériences montrent que cette bactérie peut nous protéger du cancer de la peau, mais aussi d’autres types de cancers si on utilise la molécule qu’elle produit. Il faudra toutefois attendre que ces résultats soient confirmés par des études sur des humains avant de voir apparaître des crèmes probiotiques dans nos pharmacies.

Selon les chercheurs, bien que cette bactérie soit présente sur la peau de 80 % de la population, seulement 20 % des gens auraient la variante qui produit la molécule protectrice 6-HAP.

Toutefois, on sait que le microbiote peut être modifié. Il varie selon la façon dont on naît (naissance par voie naturelle ou par césarienne) ou selon notre alimentation, notre mode de vie, voire à la suite de la prise de certains médicaments ou de changements hormonaux.

Ces modifications peuvent être autant une cause de maladies qu’une source de traitement. Cela s'est vu dans le cas de l'intestin; il pourrait en être de même pour la peau. Et un allié de plus dans la lutte contre le cancer de la peau serait le bienvenu.