Des vidéos uniques permettent d'observer les premiers mois de vie du caribou migrateur du point de vue de l'animal. À l'aide de ces enregistrements, des biologistes tentent d'expliquer les causes du déclin de l'espèce.

Un texte de Miriane Demers-Lemay, de Découverte

« On est maintenant capables d'observer tous les événements de la vie de l'animal du plus près qu'on ne pourra jamais voir », s'enthousiasme Barbara Vuillaume, étudiante en biologie et membre du projet Caribou Ungava.

Depuis un peu plus d'un an, Barbara Vuillaume analyse des milliers de vidéos captées au moyen de colliers-caméras installés au cou de caribous femelles. Ces vidéos offrent une vision unique des premiers mois de vie de leur progéniture.

L'objectif de l'étudiante : comprendre pourquoi la mortalité des faons est si élevée dans les deux troupeaux présents au Québec.

Cette forte mortalité préoccupe les chercheurs, puisque les populations de caribous migrateurs du Québec sont en chute libre depuis plusieurs années.

En 2016, l'équipe de chercheurs de Caribou Ungava a installé des colliers-caméras sur 14 femelles du troupeau de la rivière aux Feuilles.

Parmi les 14 faons suivis, quatre ont disparu pendant l'été. Le destin de ces faons constitue un facteur-clé pour comprendre la situation de l'espèce.

Des faons vulnérables

Un des faons suivis par les chercheurs était apathique et faible dès sa naissance. Il est mort à l'âge de quatre jours.

« Si le faon était faible, c'est peut-être parce que sa mère avait une mauvaise condition corporelle », explique Barbara Vuillaume.

De fait, le poids de la femelle pendant la gestation était inférieur à la moyenne. Or, une femelle doit avoir accès à une nourriture de qualité avant la gestation pour produire un faon en santé.

Deux faons ont été victimes de prédation par des loups ou des ours au cours de l’été 2016. La prédation par ces deux espèces est probablement l'un des principaux facteurs de mortalité des faons, selon le biologiste Steeve Côté.

« Les caribous étaient très abondants dans les années 1990, ce qui a entraîné l'augmentation des populations de loups et d'ours. Si les populations de caribous ont chuté depuis, les prédateurs sont encore très abondants », explique-t-il.

Le destin du quatrième faon demeure mystérieux. « À deux mois et demi, ce faon [était] très sociable et il [suivait] davantage le troupeau que sa mère », raconte Mme Vuillaume.

Un jour, la mère est restée seule à s'alimenter dans la toundra alors que son troupeau se déplaçait. Elle a perdu son faon, resté avec le troupeau. Le faon n'était pas encore sevré, mais il était peut-être suffisamment grand pour survivre seul.

En 2017, 24 femelles gestantes du troupeau, équipées de colliers-caméras, offriront de nouvelles informations sur la survie du caribou migrateur. Ces vidéos sont une mine d'informations.

Ils permettent d'étudier une panoplie d'aspects de la vie des caribous, comme leurs déplacements, leurs habitats, le dérangement par les insectes et leurs comportements.

De multiples facteurs

Les populations de caribous migrateurs sont naturellement soumises à d'importantes fluctuations de nourriture, où alternent surabondance et rareté.

Les causes de ce déclin sont multiples et interagissent probablement entre elles. Parmi ces dernières, les biologistes ciblent le réchauffement climatique, les activités anthropiques, la prédation, la chasse et les effets de la surpopulation de caribous sur la végétation de la toundra.