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Des émetteurs haute technologie pour suivre à la trace des truites de la Mauricie

Des chercheurs de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) ont entrepris cet été une étude unique au Québec. Elle leur permettra de documenter presque en temps réel le comportement de l'omble de fontaine, plus communément appelée truite mouchetée.

Un texte d'Amélie Desmarais

Des émetteurs de haute technologie ont été implantés dans l'abdomen d'une douzaine de truites mouchetées du lac Ledoux, en Mauricie. Il demeurera d'ailleurs fermé à la pêche durant au moins deux ans.

Ces émetteurs ont été insérés par chirurgie dans chacune des truites mouchetées sélectionnées au cours des dernières semaines. C'est le chercheur titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces de l'UQTR, Pierre Magnan, qui mène les travaux. 

« En ce moment, dans le lac Ledoux, il y a pour 45 000 $ d'équipements », lance Pierre Magnan. Il précise que c'est notamment en raison du coût élevé relié à l'utilisation de cette technologie que peu de chercheurs y ont accès, même si elle permet de recueillir en quelques minutes, l'information qui prenait plusieurs heures à obtenir auparavant.

Dix hydrophones, un type de récepteur, ont aussi été installés tout autour du lac. Ils permettent de localiser par triangulation les émetteurs dans les poissons. Les informations sont transmises toutes les 3 minutes et aux 15 minutes en hiver. Ce sera la première fois qu'on parvient à documenter l'écologie d'hiver.

« On est deux peut-être trois chercheurs au Canada à utiliser cette technologie qui est de la télémétrie acoustique, dit Pierre Magnan. Cette nouvelle technologie-là nous donne une précision presque inespérée. »

Ces millions de données sur le positionnement des poissons et sur la température de l'eau seront emmagasinées dans les hydrophones. Elles seront par la suite récupérées deux fois par année avant le gel et au printemps.

Documenter l'émergence d'une espèce

Pierre Magnan s'intéresse à l'omble de fontaine depuis une trentaine d'années. Il a découvert, il y a quelques années, qu'il en existe deux formes distinctes avec des comportements et des caractéristiques différentes au sein de la même espèce.

« Il y a une forme qui vit au milieu du lac, dans la colonne d'eau, et qui s'alimente de zooplanctons, explique-t-il. Et une autre forme qui va s'alimenter au bord du lac, dans les zones très peu profondes, où les poissons retrouvent des larves d'insectes. »

Ses recherches actuelles devraient lui permettre de mieux connaître ce qui distingue les deux formes.

« On est au début du processus de diversification qui fait qu'éventuellement, et ça c'est une question de centaines et de milliers d'années, ça va nous mener à la création d'une nouvelle espèce. »

Impact des changements climatiques sur l'espèce

Les données sur les déplacements des poissons et la température de leur environnement lui permettront du même coup d'évaluer de façon extrêmement précise la tolérance des truites aux écarts de températures.

Il pourra aussi, à l'aide de modèles mathématiques déjà connus, anticiper l'impact du réchauffement climatique, donc du réchauffement des lacs, sur l'espèce.

« Comme l'omble de fontaine ne peut pas tolérer, par exemple, des températures de 27 degrés pendant 30 minutes, lorsqu'on va arriver à des températures de 27 degrés dans la zone littorale, les ombles de fontaine ne pourront plus vraisemblablement utiliser cet habitat-là », explique-t-il.

Si tout fonctionne comme prévu cette année, vingt autres poissons seront munis d'émetteurs l'été prochain.

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