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Des gènes associés à la résistance des antibiotiques bloqués

Une stratégie qui permet de réduire la résistance aux antibiotiques a été élaborée par des chercheurs de l'Université de Montréal qui espèrent réussir à mettre K.-O. ce phénomène qui menace des millions de vies humaines dans les prochaines décennies. Explications.

Un texte d'Alain Labelle

Les quatre auteurs, qui sont associés au Département de biochimie et de médecine moléculaire, ont mis au point des molécules capables de bloquer le mouvement de plasmides (des fragments d’ADN) entre les bactéries.

Depuis l’identification de la pénicilline à la fin des années 1920, les antibiotiques sont couramment utilisés afin de guérir les maladies causées par les bactéries.

Cependant, une résistance aux principaux antibiotiques s’est développée dès les années 1940 et inquiète depuis une vingtaine d’années l’Organisation mondiale de la santé et les agences nationales de santé publique.

C’est que ces médicaments sont à la base de la médecine moderne. Ils sont intensivement prescrits pour contrôler des infections bactériennes, mais administrés également à titre préventif à la fois pendant les interventions chirurgicales et durant les traitements contre le cancer.

La progression de la résistance bactérienne présente donc une menace à laquelle la médecine doit trouver rapidement une solution.

Propagation contrôlée

L’une des façons de se propager pour les gènes qui déterminent la résistance aux antibiotiques est de se dupliquer dans les plasmides qui se transfèrent entre bactéries.

Un plasmide est porteur de gènes utiles aux bactéries, particulièrement quand ces gènes codent des protéines qui peuvent rendre les bactéries résistantes aux antibiotiques.

Or, l’équipe montréalaise, composée des chercheurs Bastien Casu, Tarun Arya, Benoit Bessette et Christian Baron, a conçu une technique qui permet de bloquer le transfert de gènes de résistance.

S’attaquer au transfert des plasmides

Dans un premier temps, les chercheurs ont filtré un groupe de petites molécules chimiques pour trouver celles qui se fixent à la protéine TraE, qui est essentielle au transfert des plasmides.

Une analyse menée à l’aide de rayons X a indiqué l’emplacement exact de la fixation des molécules sur la TraE. Cette connaissance a permis aux chercheurs de mettre au point des molécules qui réduisent le transfert de plasmides porteurs de gènes de résistance aux antibiotiques.

Christian Baron espère que cette avenue favorisera la découverte d’un plus grand nombre d’agents inhibiteurs de transfert de gènes de résistance.

Selon le chercheur, la valeur de ces travaux sur les protéines TraE réside dans le fait qu’une « compréhension de la structure moléculaire de ces protéines nous offre la possibilité d’imaginer des méthodes pour empêcher leur fonctionnement ».

Contrer le transfert de gènes

Ces nouvelles molécules doivent maintenant être transformées en des agents inhibiteurs puissants contre le transfert de gènes de résistance aux antibiotiques. Éventuellement, elles pourront être utilisées dans des cliniques et des hôpitaux, qui sont des foyers majeurs de résistance.

« Au bout du compte, la réduction du transfert de plasmides de résistance aux antibiotiques pourra aider à maintenir l’efficacité des antibiotiques, contribuant ainsi à une stratégie globale en vue de l’amélioration de la santé humaine », explique Christian Baron.

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