On souligne les sciences cette semaine à Radio-Canada; en même temps se déroule, à l'Université du Québec à Montréal, le 84e congrès de l'Acfas.

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

À sa fondation en 1923, l'acronyme Acfas signifiait l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, et je trouve que ça disait bien ce que c'est. Depuis 2001, l'acronyme Acfas demeure, mais le nom est devenu Association francophone pour le savoir...

Quoi qu'il en soit, ce congrès annuel est attendu par toute la communauté scientifique, des étudiants aux professeurs, des chercheurs à tous ceux que la science intéresse. On y présente des résultats de recherches et d'études, on échange des idées entre connaisseurs et on fait le plein de nouveaux sujets scientifiques.

L'un d'eux a particulièrement retenu mon attention; c'est une étude menée par Pierre Valois, professeur titulaire à la faculté d'éducation à l'Université Laval et directeur de l'Observatoire québécois de l'adaptation aux changements climatiques (OQACC).

« L'adaptation à la chaleur accablante : un concept multifactoriel »

Avec les changements climatiques, on est susceptible d'être confronté plus souvent à des canicules et à des extrêmes de températures.

Il y a davantage de visites à l'urgence, d'hospitalisations et, malheureusement, une hausse des décès prématurés. Il est donc important de connaître les comportements à adopter pour améliorer le confort et diminuer les risques pour la santé.

Cette étude servira donc à savoir comment la population s'adaptera à la chaleur. Déjà, quand on est en santé, les canicules sont parfois difficiles à supporter. Alors, imaginons ce que sont les vagues de chaleur pour des asthmatiques, des gens à mobilité réduite ou des personnes qui souffrent d'obésité ou de comorbidités. C'est un danger potentiel.

Qu'est-ce que l'adaptation?

Le rôle de l'OQACC était de développer un indice d'adaptation à la chaleur et le défi, de trouver les indicateurs les plus précis possible de cette adaptation-là.

Pour ce faire, l'Observatoire a créé un questionnaire et l'a soumis à un échantillonnage de répondants le plus représentatif possible de la population québécoise : des femmes et des hommes de 18 ans et plus, avec ou sans enfant, en couple ou non, logeant dans des résidences unifamiliales ou en appartement, de niveau d'études et de revenus différents, habitant en régions ou dans l'une des 10 villes les plus populeuses de la province où sont les îlots de chaleur : Saguenay, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Montréal, Gatineau, Lévis, Laval, Terrebonne et Longueuil. Parce qu'évidemment, ce sont dans ces îlots de chaleur qu'on retrouve le plus de problèmes.

Finalement, à partir d'un échantillon de plus de 29 000 personnes, le questionnaire a été soumis à 2000 répondants qualifiés. Il a permis d'identifier 12 comportements considérés comme étant les meilleurs indicateurs d'adaptation chez la population. On voit ci-dessous ces 12 comportements et le pourcentage de répondants qui les adoptent.

Ce qu'en dit l'étude

D'abord, comme on le voit dans le tableau ci-dessous, la moitié plus jeune de l'échantillon semble moins réaliser que la chaleur comporte des risques pour la santé; peut-être est-ce parce que les jeunes en souffrent moins?

De l'autre côté de l'échantillon, on retrouve les personnes de 70 ans et plus qui ont une grande conscience du danger, mais qui, bizarrement, adoptent moins les comportements qui leur permettraient de s'adapter à la chaleur. Les hypothèses apportées par le groupe de recherche sont que les gens âgés sont peut-être plus démunis, moins mobiles ou ont moins de facilité à faire certains comportements que les plus jeunes. Mais, ce ne sont que des hypothèses que d'autres études, menées particulièrement auprès des personnes âgées, pourront vérifier.

En revanche, indépendamment de l'âge, les personnes qui ont des problèmes de santé semblent être celles qui s'adaptent le plus. Par exemple, en période de chaleur accablante, les asthmatiques savent qu'ils auront plus de difficulté à respirer, certaines personnes deviennent plus irritables et les gens qui ont un surpoids se rendent compte que les déplacements sont plus ardus. Ils sont donc plus susceptibles d'adopter certains des 12 comportements d'adaptation. Ce qui semble naturel.

Finalement, comme le tableau ci-dessous l'indique, les femmes perçoivent beaucoup plus les risques pour la santé associés à la chaleur et elles s'adaptent aussi le mieux. D'après M. Valois, l'étude ne permet pas d'expliquer cette conclusion; lors de notre entretien, il n'a pas osé avancer d'hypothèses ne voulant pas provoquer un débat d'un tout autre ordre...

Une étude, et puis une autre...

En parallèle de cette étude faite envers la population, l'Observatoire québécois de l'adaptation aux changements climatiques vise d'en mener une aussi pour les établissements de santé et les municipalités. Par exemple, les villes ont-elles un plan pour s'assurer d'avoir des surfaces vertes et des piscines? Construiront-elles des bâtiments qui gardent la fraîcheur? Planteront-elles des arbres?

Cette future étude sera très importante; je vous promets de la suivre le temps venu.

* Merci à Pierre Valois pour ses explications.

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