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Des punitions pour désamorcer les conflits chez les vervets

Les singes vervets mâles attaquent les individus trop bagarreurs de leur propre groupe pour désamorcer les tensions, et ainsi éviter d'aggraver les conflits intergroupes. La raison? Prévenir des combats à haut risque, estiment des anthropologues suisses.

Un texte d'Alain LabelleEn revanche, ces scientifiques associés aux universités de Zurich et de Neuchâtel ont observé que les femelles de cette espèce africaine (Chlorocebus pygerythrus) utilisent la technique de la carotte ou du bâton (d’une récompense ou d’une punition) pour encourager la participation des mâles aux combats entre les groupes.

Des animaux sociaux

Les individus d’espèces sociales de primates participent à de nombreuses activités de coopération, notamment la chasse, l'élevage des petits, la défense du groupe contre les prédateurs et la lutte avec des groupes voisins rivaux.

Toutefois, puisque ces groupes sociaux sont constitués d'individus, chaque membre récolte des avantages, mais doit aussi faire face à certains désagréments lorsqu'il s'engage dans les activités de coopération.

Comme les humains

Tous les membres d’un groupe de vervets ne sont pas toujours d’accord sur l’action à poser à un moment ou à un autre dans une journée, si bien que certains peuvent privilégier la coopération et d’autres la confrontation.

Des désaccords surviennent souvent lorsqu'il s'agit de combats intergroupes, car la contribution de chaque membre comporte un risque de blessures, voire de mort.

En outre, une guerre de clans peut déterminer si un groupe a accès à des ressources importantes telle que la nourriture.

Des punitions et des contraintes

Nous connaissons bien les différentes façons employées par les humains pour résoudre de tels conflits d'intérêts, mais nous en savons relativement peu sur les divers mécanismes employés par d'autres espèces, telles que les singes.

Cette étude montre que les singes vervets mâles utilisent la punition et la coercition pour désamorcer des combats intergroupes aux conclusions incertaines.

Fait particulier : cette stratégie est utilisée par les mâles qui avaient des nourrissons dans le groupe, qui étaient blessés et qui devaient se sentir incapables de protéger leur progéniture dans un conflit violent.

Mettre aux pas les combatifs

C’est durant des observations menées en Afrique du Sud que l’anthropologue Jean Arseneau-Robar, le premier auteur de l'étude, a observé des mâles qui attaquaient les membres de leur propre groupe au cours de combats intergroupes.

« Ces actes d'agression entre mâles ont donc toujours été interprétés comme des actes de défense des partenaires femelles », poursuit Jean Arseneau-Robar.

Or, son équipe a aussi remarqué que les vervets mâles n'attaquaient généralement pas les femelles de leur groupe qui essayaient de s'accoupler avec les mâles du groupe adverse.

Au lieu de cela, les mâles étaient plus susceptibles d’agresser les membres de leur groupe qui essayaient de déclencher une bagarre ou qui s'étaient récemment battus.

La carotte ou le bâton

La récompense et la punition sont deux comportements adoptés par les femelles pour influencer l'attitude d’un individu mâle du groupe.

Les chercheurs voulaient également établir si les mâles se comportaient de la même façon pour influencer les conclusions des combats intergroupes.

Ils ont plutôt constaté que lorsque les mâles présentaient un comportement agressif contre les membres de leur propre groupe qui voulaient se battre, cela influait sur les agissements de leurs cibles et désamorçait le conflit entre les groupes.

Il est intéressant de constater que pendant que les femelles utilisaient la punition et les récompenses pour essayer de rallier les troupes, les mâles utilisaient la punition et la coercition pour essayer d'étouffer les combats, en tentant de calmer le jeu pour les jeunes vulnérables.

D’autres travaux menés sur des primates montraient que ce sont les individus les plus forts qui punissent habituellement les plus faibles.

« Par exemple, les femelles forment souvent une coalition lorsqu'elles punissent les hommes, en utilisant la force du nombre pour compenser leur petite taille », conclut Redouan Bshary, de l’Université de Neuchâtel.

Le détail de ces observations est décrit dans les Proceedings of the Royal Society B : Biological Sciences.