Un article publié dans le Journal of Internal Medicine de l'Association médicale américaine révèle que l'industrie du sucre a discrètement payé des scientifiques, il y a 50 ans, pour manipuler l'opinion publique.

La publication montre que les scientifiques qui ont bénéficié d'un financement de l'industrie du sucre ont minimisé l'impact de ce dernier sur les maladies cardiovasculaires, pour jeter plutôt le blâme sur les gras saturés. Les conséquences sur la santé se font pleinement sentir aujourd'hui.

L'industrie du sucre est tombée dans le marketing au début des années 60, au moment même où la communauté scientifique s'interrogeait sur la responsabilité du sucre et du gras dans les maladies cardiovasculaires.

En 1964, elle a payé trois scientifiques de l'Université Harvard 6500 $ chacun - ce qui correspondrait aujourd'hui à 50 000 $ - pour publier des travaux de recherche blâmant les problèmes cardiovasculaires uniquement sur le gras.

Des chercheurs californiens ont découvert des messages secrets datant de l'époque dans lesquels les chercheurs rassuraient l'industrie du sucre sur les conclusions qu'ils allaient publier.

Impact sur la santé publique

La publication a influencé pendant des décennies la communauté scientifique qui s'est concentrée sur le cholestérol et les gras saturés dans sa lutte contre l'obésité.

Le documentaire Sugar Coated tirait déjà la sonnette d'alarme l'an passé, comparant l'industrie du sucre à celle du tabac qui a longtemps caché les problèmes de santé associés au tabagisme.

Sa réalisatrice, Michèle Hozer, est d'avis que cette manipulation a eu un impact sur la politique de santé publique. « Dans les années 60 et 70, on a mis des limites sur la consommation de gras, mais pas sur le sucre et l'obésité a doublé et le diabète a triplé », a-t-elle souligné en entrevue mardi à l'émission Le 15-18 sur ICI Radio-Canada Première.

« C'est seulement maintenant, depuis les trois ou quatre dernières années qu'il y a une pression sur les politiques pour mettre une limite sur la consommation du sucre. »

Les habitudes de consommation ont la vie dure et cette surconsommation de sucre n'est pas sans conséquence.

« Oui, on vit encore les répercussions parce qu'en ayant eu autant de sucre dans les aliments depuis d'aussi nombreuses années, nous nous sommes habitués à manger des aliments sucrés, constate la nutritionniste Stéphanie Côté.

Une manipulation qui a toujours cours

Ces méthodes de manipulation de l'opinion publique sont encore d'actualité aujourd'hui, selon le directeur de Centre pour les sciences de la santé et le droit, Bill Jeffery.

Il existerait une solution très simple pour pallier le risque de manipulation des études scientifiques. « Si on veut que les scientifiques soient indépendants dans des recherches importantes pour la santé publique, ces recherches doivent être subventionnées par l'État », estime Yves Gingras, professeur à la Chaire de recherche en histoire et sociologie des sciences de l'UQAM.

De son côté, l'industrie américaine du sucre répond qu'elle aurait dû être plus transparente et rendre public le fait qu'elle ait rémunéré des chercheurs. Toutefois, selon elle, la recherche des années 60 n'était pas faussée pour autant.

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