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Déterminer l'âge de l'eau pour mieux la protéger

Des chercheurs de l'UQAM travaillent à mettre au point une méthode capable de déterminer l'âge de l'eau souterraine, qui représente pas moins de 98 % de l'eau douce sur la planète. Mieux la décrire permettra peut-être de mieux protéger cette ressource vulnérable, menacée par les pompages excessifs, la pollution et les changements climatiques. Explications.

Un texte de Danny Lemieux de l'émission Découverte

Après une averse, 10 % de l'eau s'infiltre dans le sous-sol. Selon le trajet emprunté, il s'écoule un an, 10 ans, 100 ans, 1000 ans avant qu'une seule goutte d'eau rejoigne un cours d'eau, comme une rivière. Ce délai, c'est ce que les hydrogéologues appellent l'âge de l'eau.

Dans les 10 à 20 premiers mètres d'eau se trouvent des eaux très récentes, qui ont en général quelques années ou quelques dizaines d'années. Cette eau alimente ensuite de façon continue les lacs et les rivières. « La recharge des nappes d'eau souterraine va pousser ces eaux et les ramener à la surface », explique l'hydrogéologue Florent Barbecot.

Ce dernier, avec ses collègues de l'UQAM, forment l'une des rares équipes dans le monde à travailler sur la datation de l'eau. Une méthode qui permet de comprendre comment les éléments extérieurs modifient et influencent la recharge des eaux souterraines.

Les molécules d'eau ont la capacité de traîner tout ce qu'elles rencontrent durant leur parcours. Ces indices, une fois identifiés, permettent de remonter dans le temps.

Un exemple? Les chlorofluorocarbures ou CFC

Utilisés entre autres dans la réfrigération, dans la climatisation et comme propulseurs dans les aérosols, les CFC dans l'eau indiquent qu'une partie de la recharge est récente, car l'utilisation de ces produits n'a débuté qu'après 1950.

Les traceurs du genre sont peu nombreux; une douzaine tout au plus. L'interprétation des données demande un an de travaux, mais une fois qu'elle est terminée, les résultats obtenus sont d'une incroyable richesse.

L'analyse renseigne aussi sur la végétation arrosée par les précipitations. Même la saison où elles se sont produites est déterminée. Des informations remarquables pour évaluer l'impact des changements climatiques, grands responsables de la recharge de nos aquifères.

Connaître l'âge d'une nappe d'eau souterraine permet d'évaluer sa vulnérabilité. Une fois puisée, l'eau souterraine sert à la consommation humaine, à l'agriculture et à l'industrie.

D'ailleurs, la moitié de la population mondiale dépend des eaux souterraines pour subvenir à ses besoins. La datation de l'eau permet justement d'évaluer les risques d'assèchement. La source d'eau est-elle sous pression? Puise-t-on trop d'eau par rapport à sa capacité de recharge? Une information cruciale pour les embouteilleurs d'eau, par exemple.

Répondre à cette question, c'est le rôle du géochimiste Daniele Pinti.

Les chercheurs ont découvert sur la planète des eaux qui ont des milliers d'années, voire des dizaines de milliers d'années.  Ainsi, si les humains exploitent trop la ressource, ils devront attendre des milliers d'années avant qu'elle se renouvelle.

La datation de l'eau représente donc un outil de gestion incroyable pour une ressource naturelle qui subit une pression planétaire.

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