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Deux créatures d'une autre époque mieux décrites

La description d'une bête aquatique qui nageait en Antarctique il y a 34 millions d'années permet de mieux cerner l'évolution des baleines, tandis que celle d'une créature aux allures élancée qui vivait en Méditerranée il y a 180 millions d'années renseigne sur l'évolution des crocodiles. Portraits.

Un texte d'Alain Labelle

Llanocetus denticrenatus

Cette ancienne espèce de baleines peuplait les eaux antarctiques pendant la période de l'Éocène, marquée par le début de l'apogée des mammifères et l'apparition des cétacés.

Les paléontologues Felix Marx, de Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, et Ewan Fordyce, de l’Université d’Otago en Nouvelle-Zélande, ont tracé le portrait de cette espèce à partir d’une partie du crâne mis au jour lors d'une expédition en Antarctique en 1987.

Ces restes fossilisés appartiennent, selon eux, à la deuxième plus ancienne baleine à fanons (Mysticeti) découverte à ce jour.

Les baleines à fanons sont les plus gros animaux sur Terre. Grâce à des fanons en forme de peigne dans leur bouche, elles sont capables de filtrer d'énormes volumes d’eau où se trouvent de petites proies (krill et copépodes).

L'analyse du crâne laisse à penser que les premières baleines ne possédaient pas de fanons. Leurs bouches étaient plutôt munies de gencives et de dents bien développées, qu'elles utilisaient apparemment pour mordre de grosses proies.

« Jusqu'à tout récemment, on pensait que l'alimentation par filtration était apparue pour la première fois lorsque les baleines avaient encore des dents. Llanocetus denticrenatus est la preuve que ce n'était pas le cas », précise Ewan Fordyce.

Comme les baleines actuelles, Llanocetus denticrenatus avait des sillons distinctifs au sommet de sa bouche, qui contiennent de nos jours des vaisseaux sanguins qui alimentent les fanons.

Chez cette ancienne baleine, toutefois, ces rainures se regroupent autour des alvéoles dentaires, où les fanons auraient été inutiles et risquaient d'être écrasés.

« Au lieu d'un filtre, il semble que Llanocetus denticrenatus avait simplement de grosses gencives et, à en juger par la façon dont ses dents sont usées, il se nourrit principalement en mordant de grosses proies », explique M. Marx.

Cet animal devait être énorme, estiment les chercheurs. Il devait atteindre 8 mètres de longueur.

Ces analyses laissent aussi à penser que les importantes gencives de ces baleines précoces sont devenues progressivement plus complexes au cours de l'évolution pour, finalement, mener à la naissance des fanons.

Une transition qui s'est probablement produite sur des millions d’années, au fur et à mesure que les dents ont disparu et que les baleines sont passées de la morsure à la succion de petites proies, comme beaucoup de baleines et de dauphins le font de nos jours.

Les fanons seraient probablement apparus comme un moyen de garder plus efficacement de si petites proies à l'intérieur de la bouche, notent les auteurs dont les travaux sont publiés dans la revue Current Biology.

Llanocetus denticrenatus était un grand prédateur féroce et n’avait probablement pas grand-chose en commun avec le comportement des baleines modernes, conclut M. Marx.

De l’importance du climat

Les paléontologues soupçonnent que le climat a eu une grande influence sur l'évolution des baleines. Particulièrement au moment du passage des températures tropicales aux températures plus fraîches. Un changement qui a influencé les cycles de nutrition et qui a peut-être été un déclencheur de l'évolution des grandes baleines.

Magyarosuchus fitosi

La mise au jour d’un fossile vieux de 180 millions d'années met en lumière la façon dont certains crocodiles anciens se sont transformés pour devenir des animaux ressemblant à des dauphins.

Le paléontologue écossais Mark Young de l’Université d’Édimbourg et d’autres collègues européens affirment que le Magyarosuchus fitosi vivait au début du Jurassique dans l’océan Téthys, qui correspond de nos jours à la région méditerranéenne.

Ce Crocodyliforme mesurait près de cinq mètres de long et avait de grandes dents pointues pour saisir ses proies.

Le fossile a été mis au jour dans une chaîne de montagnes du nord-ouest de la Hongrie en 1996 et était conservé dans un musée à Budapest.

Il a été identifié comme une nouvelle espèce grâce à la découverte d'une vertèbre d'apparence étrange qui faisait partie de la nageoire caudale.

Certains crocodiles de l'époque jurassique avaient une armure osseuse sur le dos et le ventre, et des membres adaptés à la marche sur terre. Un autre groupe avait des nageoires et des palmes, mais n'avait pas d'armure. La nouvelle espèce était lourdement blindée, mais possédait aussi une nageoire caudale, ce qui laisse à penser qu'il s'agit peut-être d'un chaînon manquant entre les deux groupes.

Le détail de cette description est publié dans la revue PeerJ.

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