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Diminuer l’impact du stress post-traumatique grâce à Tetris

Il existe peu de traitements pour prévenir l'apparition des symptômes du stress post-traumatique. Des chercheurs croient qu'il serait possible de diminuer certaines de ses manifestations si on interfère avec la formation des souvenirs de l'événement traumatisant. Contre toute attente, certains ont réussi... grâce à Tetris.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Les personnes atteintes du syndrome du stress post-traumatique peuvent être suivies en thérapie psychologique pour atténuer leurs symptômes après un traumatisme. Mais prévenir son apparition est beaucoup plus complexe.

Le syndrome peut survenir dans beaucoup de situations où une personne fait face à la mort ou à une menace grave, qu’il s’agisse d’une présence en zone de guerre, d’une agression sexuelle ou d’un accident de voiture.

Comment, alors, un simple jeu vidéo pourrait-il influer sur une telle situation? La réponse, que des chercheurs ont publiée dans le journal Molecular Psychiatry, se trouve dans les mécanismes de la formation de la mémoire.

Des souvenirs invasifs

Un des principaux symptômes chez les personnes souffrant de stress post-traumatique est l’apparition de pensées intrusives, des « flashs » qui leur font revivre l’événement traumatisant en pensée ou lors de cauchemars.

Ces souvenirs sont très difficiles à gérer, mais il existe un court laps de temps, lors de leur formation, au cours duquel il serait possible d’interférer dans le processus de consolidation de la mémoire.

Les souvenirs récents activent des neurones au niveau de l’hippocampe, une zone du cerveau qui gère beaucoup de nos nouvelles expériences. Sur une période de 24 h, il y a une réorganisation progressive de neurones à plusieurs niveaux dans le cortex cérébral. Cette transformation permet à la mémoire à court terme de se transformer en un souvenir que l’on conservera toute une vie.

Toutefois, pendant les premières heures après son acquisition, un souvenir peut être très fragile. Si on concentre l’attention sur une tâche exigeante sur les plans visuel et spatial, on peut interférer avec le processus.

Occuper le cerveau

C’est ici qu’intervient Tetris. Ce jeu, qui consiste à aligner des blocs de formes différentes pour remplir le plus d’espace possible et marquer des points, est l’un des symboles les plus facilement reconnaissables de l’industrie des jeux vidéo. Popularisé par Nintendo en 1989, on peut le trouver de nos jours sur presque tous les appareils électroniques.

L’idée est que, si on sature la mémoire à court terme avec des expériences qui monopolisent la partie du cerveau qui gère les perceptions visuelles et spatiales, on peut diminuer l’impact du souvenir avant sa consolidation.

Les chercheurs ont étudié cette hypothèse sur un groupe de volontaires ayant subi un accident de voiture et qui répondaient aux critères requis pour développer un stress post-traumatique. Ces personnes ont été séparées en deux groupes : celles qui ont joué à Tetris dans les 6 heures suivant l’accident et celles qui n’ont pas eu accès à la console de jeux.

En fin de compte, les chercheurs ont remarqué une diminution d’environ 62 % des souvenirs intrusifs chez les personnes ayant joué à Tetris. Bien que le jeu n’ait eu aucune influence sur le traumatisme en lui-même, la diminution des souvenirs intrusifs, un des symptômes les plus pénibles du stress post-traumatique, montre qu’il est possible d’intervenir très tôt chez les personnes susceptibles de développer le syndrome.

Il reste toutefois du travail à faire avant que Tetris ne devienne un traitement en salle d’urgence. L’application de cette méthode peut être envisageable lors d’accidents de voiture, mais beaucoup moins lors de traumatismes plus graves.

La logique derrière cette méthode pourrait tout de même être une façon simple d’aider des personnes qui restent prisonnières d’un drame longtemps après sa survenue.

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