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Éliminer de vieilles cellules pour restaurer la jeunesse

Des chercheurs néerlandais ont découvert qu'éliminer certains types de cellules âgées peut non seulement retarder l'arrivée des problèmes de santé liés à l'âge, mais peut aussi littéralement ramener la jeunesse.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

De plus en plus d’études sont réalisées pour comprendre le vieillissement et pouvoir ainsi éviter les problèmes qui viennent avec l’âge.

On a découvert, entre autres, que certaines cellules qui s’accumulent en vieillissant sont elles-mêmes responsables de certains des effets les plus dommageables de l’âge avancé. Ces cellules en fin de vie sont dites sénescentes.

Normalement, ces cellules entrent en apoptose, une auto-destruction qui permet, entre autres, de laisser de la place à des cellules fonctionnelles.

Toutefois, certaines cellules sénescentes ne mettent pas ainsi fin à leur existence et s’accumulent plutôt dans le corps avec les années. Ces cellules ont ce qu’on appelle un phénotype inflammatoire persistant : elles vont constamment émettre de faibles signaux inflammatoires qui, à la longue, peuvent endommager les autres cellules et accélérer le vieillissement.

Des chercheurs ont déjà voulu filtrer certains des composés produits par ces cellules sénescentes hors du sang pour combattre les effets de l’âge, mais d’autres sont récemment allés plus loin et proposent d’éliminer les cellules sénescentes elles-mêmes. Ces résultats ont été publiés dans le journal scientifique Cell.

Cure de jouvence

Pour réussir, ils se sont intéressés au gène p53. Ce nom, un peu ennuyant, cache un rôle essentiel : p53 a droit de vie ou de mort sur la cellule.

Si p53 détecte une anomalie, il enclenche tout de suite les mécanismes de l’apoptose. D’ailleurs, l’une des mutations les plus courantes dans les cancers est justement l’inactivation de p53.

L’équipe de chercheurs a donc développé une molécule capable de réactiver spécifiquement p53 dans les cellules sénescentes. Après des tests concluants sur des cellules en laboratoire, ils ont vérifié l’impact de leur molécule sur des souris âgées.

À la suite d’une série d’injections, non seulement le vieillissement des animaux a été ralenti, mais il a même été inversé. Les cobayes des chercheurs étaient initialement de très vieilles souris, presque inactives, présentant des problèmes rénaux, et dont l’âge était trahi par la perte de leur pelage.

Méconnaissables après le traitement, ces animaux ont retrouvé leur pelage, recommencé à se déplacer et à faire de l’exercice, et certains de leurs organes ont récupéré leur fonction d’antan. Même leur comportement a changé et ils ont retrouvé leur curiosité et le désir d’explorer leur environnement.

À utiliser avec prudence

On ne peut toutefois pas s’attendre à voir des injections anti-âge arriver de sitôt dans les hôpitaux. Ce produit n'est pas sans risques : si jamais trop de cellules sénescentes sont détruites en même temps, les débris pourraient entraîner des complications très dangereuses pour plusieurs organes qui pourraient alors cesser de fonctionner.

Une première étude clinique est présentement envisagée pour une forme de cancer du cerveau dont les cellules tumorales présentent des similitudes avec les cellules sénescentes. Si cette étude démontre la sécurité de la molécule, les chercheurs envisageraient alors d'analyser les maladies liées à l’âge ou même de réduire les impacts de la vieillesse dans son ensemble.

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