Je suis une skieuse... Ceux qui me connaissent savent à quel point j'aime la neige. Mais cet hiver, je la cherche, cette neige. Une chance qu'il existe cette invention qui s'appelle la neige artificielle pour me permettre de pratiquer mon sport alpin!

  Un texte d'Ève Christian

Savez-vous d'où est née l'idée de fabriquer de la neige? Comme toutes les inventions, d'un hasard. Selon Guy Thibodeau, chroniqueur de ski à Radio-Canada, plusieurs histoires expliquent la naissance de l'enneigement artificiel. Celle-ci est amusante : dans le sud des États-Unis, à l'annonce d'une période de temps froid, des jets d'eau sont installés dans des orangeraies afin d'envoyer une bruine sur les fruits pour éviter qu'ils ne gèlent. Mais la température a été plus froide que prévu et le lendemain matin, les orangers étaient perdus parmi les bancs de neige! L'idée a ainsi germé...

La neige naturelle

Simplement dit, la neige c'est de l'eau qui se transforme en glace, très lentement. Pour bien comprendre, faisons un peu de thermodynamique. L'eau est présente dans la nature sous trois états définis par la température : au-delà de 100 degrés Celsius, elle est un gaz - la vapeur d'eau, entre 0 et 100 degrés, elle est liquide, et sous 0, elle est dans son état solide, c'est à dire en glace.

Mais parfois, l'eau peut être dans un autre état, qu'on appelle surfusion. Une matière est en surfusion quand elle demeure en phase liquide même si la température se trouve plus basse que son point de solidification. Dans le cas de l'eau, elle peut rester liquide jusqu'à -39 degrés Celsius. Mais attention : aussitôt que des gouttes en surfusion entrent en contact avec une surface solide quelle que soit sa dimension, elles se congèlent.

Ça ne vous rappelle rien? De la pluie qui rencontre une couche d'air sous zéro et qui gèle instantanément en touchant le sol? C'est exactement comme ça que se forme la pluie verglaçante.

Revenons à la neige. Dans des nuages bas, quand il fait très froid, parmi les cristaux de glace et des gouttes d'eau se trouvent quelques minuscules gouttes surfondues. En se frappant l'une contre l'autre ou en rencontrant un noyau de condensation comme un grain de poussière, elles gèlent en formant instantanément des cristaux de glace. En s'agglomérant entre eux, les cristaux s'alourdissent et finissent par tomber vers le sol. Si les couches d'air qu'ils traversent sont à une température inférieure à zéro, ils continueront de s'agglutiner pour former des flocons. Il faut des millions de cristaux de glace pour faire un seul flocon.

La neige artificielle

Pour fabriquer de la neige artificielle, il faut appliquer le principe de la surfusion, ce que font les canons à neige. Ils expulsent de l'eau dans l'air ambiant afin qu'elle se transforme complètement en glace avant de toucher le sol. Pour ce faire, la température doit absolument être au-dessous de zéro et idéalement la plus froide possible pour que les gouttelettes qui sortent des canons gèlent rapidement. Il faut aussi que ces gouttelettes soient minuscules; les trous des jets et la pression avec laquelle elles sont projetées les réduisent en mini-gouttes d'environ 0,5 millimètre.

Ensuite, les fameux noyaux de condensation nécessaires pour que les gouttes passent de surfondues à glacées sont créés par un autre jet qui projette de l'air comprimé mélangé à une petite quantité d'eau. Les deux jets combinés forment une neige dont les flocons n'ont rien à voir avec les vrais. Les flocons naturels ont six pointes. Donc, quand ils s'accumulent, ça donne une neige plus légère, un tapis plus doux et plus facile à skier.

Mais la neige artificielle n'a pas la forme hexagonale des flocons; elle est sphérique et elle ressemble plutôt à un granule. Elle se dame bien et elle fond moins rapidement. C'est grâce à cette neige fabriquée qu'on peut skier plus tard au printemps. Certaines stations de ski l'emmagasinent dans d'immenses tas de plusieurs mètres de haut pendant les périodes froides, pour ensuite la distribuer sur les pentes lors des redoux. Le mont Saint-Sauveur est réputé pour blanchir sa piste 70 et permettre aux skieurs de glisser sur leurs planches jusqu'à la fête des Mères!

La plupart des stations de ski enneigent artificiellement leurs pentes. Seules celles qui sont en altitude et qui profitent d'un bon enneigement naturel n'utilisent que très peu ce principe. Au Québec, on skie sur de la neige naturelle au Valinouet (Saguenay) et à Val d'Irène (Gaspésie), alors que dans l'Ouest, elles sont plus nombreuses, dont White Water et Revelstoke en Colombie-Britannique et Sunshine Village à Banff, en Alberta.

Cependant, avec le climat qui change et qui rend les chutes de neige irrégulières, c'est presque nécessaire pour survivre dans cette industrie. Auparavant, les propriétaires des stations de ski s'employaient à rénover les chalets de ski ou à perfectionner les remontées (des sièges plus grands, plus confortables, des remontées débrayables...).

Aujourd'hui, l'argent sert principalement à améliorer les conditions d'enneigement artificiel : davantage de canons à neige, des compresseurs plus puissants, etc. Il faut profiter des courtes périodes de froid que nous offre le nouveau climat pour remplacer dame Nature.