Les sons « hoo » vocalisés par le chimpanzé varient en fonction du contexte, ce qui montre une intentionnalité qui reflète son état d'esprit, estiment des chercheurs européens.

Les chimpanzés ont recours à une quinzaine de cris distincts, qu’ils utilisent selon les situations. Parmi ceux-ci, la vocalisation « hoo » se caractérise par un son faible et aigu, que ces grands singes utilisent habituellement dans trois contextes : le voyage (travel hoo), le repos (rest hoo) et l’alerte (alert hoo).

L'importance du contexte

Des anthropologues suisses et allemands des universités de Genève et de Neuchâtel, ainsi que de l’Institut Max Planck de Leipzig, ont découvert que chaque « hoo » se prononce différemment en fonction du contexte dans lequel se trouve le chimpanzé.

Selon les chercheurs, cette observation montre que le singe souhaite transmettre une information précise à ses congénères se trouvant à proximité.

La communication façon chimpanzé

Le chimpanzé commun (Pan troglodytes) possède un système de communication qui porte et qu’on entend de très loin.

Cependant, les analyses de la quinzaine de vocalisations qu’il produit montrent que l’une d’entre elles est différente, le « hoo ».

Plutôt aiguë et de faible intensité, cette vocalisation, qui pourrait être comparée au chuchotement humain, semble être un signal réservé aux singes qui se trouvent à proximité. Un chuchotement, quoi.

Des travaux antérieurs avaient montré que ce son est employé par le chimpanzé dans les trois situations énumérées plus haut. Cela dit, l’intonation du « hoo » varie-t-elle en fonction de chaque contexte?

À chaque « hoo » son histoire

Le chercheur Thibaud Gruber, de l’Université de Neuchâtel, a passé deux ans dans la forêt de Budongo, en Ouganda, et y a récolté plusieurs centaines d’enregistrements de « hoo » qu’il a ensuite compilés avec ses collègues.

Variations sur un même « hoo »

Tous les « hoo » ont été analysés en fonction des variations de la fréquence, de la durée, de l’amplitude et du laps de temps entre deux unités de son.

  • Le rest hoo est caractérisé par une vocalise plus longue et une seule entité de son. Il signifie que le singe veut rester à l’endroit où il se trouve.
  • Le travel hoo se distingue par une faible distance entre deux sons. Il signale que le chimpanzé souhaite s’en aller et invite qui veut à le suivre.
  • L’alert hoo possède la plus haute fréquence. Il prévient qu’on peut s’approcher, mais qu’il faut faire attention, par exemple, à un serpent.

La vidéo qui suit montre le « hoo » d'alerte.

Selon les auteurs de ces travaux publiés dans la revue Royal Society Open Science, leur étude montre « qu’au sein même d’un sous-type de vocalisation, une distinction fine s’opère également en fonction de ce que le singe veut exprimer ».

Ainsi, le chimpanzé émetteur du « hoo » indique ce qu’il souhaite faire aux congénères qui se trouvent à proximité de lui. « Le “hoo” résume son état d’esprit », explique Thibaud Gruber.

De l’influence du « hoo »

Ce son influe ainsi directement sur le comportement des autres singes. « Si l’on passe des bandes-son de ce cri à des chimpanzés, on observe que leur attitude change en fonction du “hoo” qu’ils entendent, révélant l’importance des variations de cette vocalise », précise le chercheur.

Un langage maîtrisé

Ces observations montrent qu’il y a une réelle intentionnalité derrière le langage du chimpanzé, liée à son état d’esprit du moment. Les « hoo » ne sont pas émis sous l’impulsion.

« En effet, si ce système de vocalisations n’était que pure émotion, l’alert hoo serait puissant et constitué de plusieurs unités très rapprochées, alors que c’est justement l’inverse : un son discret dont les différents “hoo” sont espacés », conclut Thibaud Gruber.