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Fabriquer des vaccins contre la grippe avec des mauvaises herbes

La société québécoise Medicago fabrique des vaccins et des médicaments à partir de plantes. Cette nouvelle biotechnologie pourrait rendre les vaccins contre la grippe plus efficaces.

Un texte de Dominique Forget de l'émission Découverte

Dans le quartier D'Estimauville, à Québec, on s'affaire à construire une serre de 9000 mètres carrés qui, dès 2019, abritera des milliers de plants d'une mauvaise herbe venue d'Australie, une cousine du tabac qu'on appelle Nicotiana benthamiana. À partir de ces plants, la biopharmaceutique compte produire de 40 à 50 millions de doses de vaccins contre l'influenza chaque année.

Medicago, qui exploite déjà une serre plus modeste à Québec et une autre en Caroline du Nord, est actuellement en phase II des essais cliniques de son vaccin cultivé dans les plantes. Elle souhaite obtenir le feu vert des autorités de la santé pour le commercialiser, avant l'ouverture de sa nouvelle usine.

Plus besoin d'oeufs

Les vaccins contre la grippe sont traditionnellement fabriqués dans les œufs de poule. Le procédé est fastidieux. Il faut d'abord isoler le virus qui circule dans la population, le mélanger avec un second virus afin de former un hybride, puis injecter cet hybride dans des œufs de poule fécondés.

Dans le blanc d'œuf, les virus se multiplient par millions. Il faut les extraire, puis les inactiver, avant de les injecter à la population. Au total, il faut compter de cinq à six mois de travail.

Tout ce dont l'équipe de Medicago a besoin, c'est la composition de l'hémagglutinine, une protéine qu'on retrouve à la surface du virus de l'influenza et dont la forme varie d'une souche virale à l'autre. Grâce à cette information, l'équipe synthétise dans ses laboratoires un gène capable de fabriquer l'hémagglutinine en question.

Ce gène est inséré dans les feuilles de Nicotiana benthamiana. La mauvaise herbe se met aussitôt à fabriquer d'innombrables copies d'hémagglutinines, qui se regroupent dans les feuilles de la plante pour former des capsules qui ressemblent à s'y méprendre au virus de la grippe. Ces particules sont isolées, puis purifiées. C'est grâce à elles qu'on fabrique le vaccin.

10 millions de vaccins en 30 jours

En 2011, Medicago a répondu à une demande du gouvernement américain pour tester la capacité de la moléculture à répondre rapidement à la demande de vaccins contre une grippe pandémique. La commande : produire à toute vitesse 10 millions de doses de vaccin contre la grippe H1N1. Medicago a relevé le défi, en seulement 30 jours.

Cette rapidité pourrait non seulement réduire les coûts de production des vaccins, mais aussi rendre ces derniers plus efficaces. En effet, chaque année, l'Organisation mondiale de la santé doit identifier dès le mois de février les souches de la grippe qui risquent de circuler dans l'hémisphère nord à l'hiver suivant. Elle donne ainsi aux fabricants tout le temps nécessaire pour produire un vaccin dans les œufs.

Or, certaines années, les souches qui infectent la population ne sont pas celles qu'on avait prévues. Le vaccin s'avère alors inefficace, comme ce fut le cas en 2014. En produisant un vaccin plus rapidement, on pourrait retarder le choix des souches, et augmenter les chances de taper dans le mille.

La biotechnologie de Medicago ne servira pas qu'à produire des vaccins contre l'influenza. Les feuilles de Nicotiana benthamiana peuvent produire toute une variété de molécules thérapeutiques. Medicago est déjà engagée dans la production d'anticorps contre deux souches du virus Ebola, à la demande des gouvernements américain et canadien.

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