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Faire repousser des dents pour combattre la carie

Traiter des caries dentaires n'est jamais agréable. Pour offrir une réparation plus naturelle, des chercheurs ont trouvé le moyen de réactiver les cellules souches au cœur de la dent à l'aide d'un médicament contre l'Alzheimer.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Une dent n’est pas un minéral solide, c’est un tissu vivant composé de plusieurs couches : l’émail, la dentine et la pulpe. Quand les bactéries causant la carie endommagent la pulpe dentaire, la dent meurt. Il faut alors la retirer pour éviter de la douleur et des risques d’infections.

Pour prévenir cette intervention, les dentistes remplissent les espaces avec des amalgames ou des ciments dentaires. Toutefois, ces derniers empêchent le lent retour de la dentine, cette matière organique qui compose l’essentiel de la dent, et peuvent éventuellement se détacher.

Combler les lésions laissées par une carie avec de la nouvelle dentine aurait un bien meilleur effet protecteur que les méthodes actuelles, mais la dent n’est pas en mesure de rapidement remplacer la dentine perdue. Pour ce faire, elle aurait besoin d’un petit coup de pouce.

Des chercheurs britanniques croient pouvoir y arriver. Leurs travaux, publiés dans le journal Scientific Report, effectués sur des souris, permettent aux cellules souches présentes dans la pulpe de la dent de produire de la nouvelle dentine.

GSK-3

La pulpe dentaire contient un grand nombre de cellules souches, capables de se différencier et de devenir différents tissus du corps. Celles présentes dans la pulpe auraient le potentiel de réparer les dégâts d’une carie, mais sont limitées dans leur action par une enzyme du corps, le GSK-3.

Cette enzyme est impliquée dans le traitement de troubles neurodégénératifs, en particulier la maladie d’Alzheimer, puisqu'elle joue un rôle dans la mort des neurones. Certains médicaments, qui inhibent les fonctions de cette enzyme, ont particulièrement intéressé les chercheurs dans le cas de la réparation de caries.

L’équipe a donc imbibé des éponges biodégradables avec ce médicament avant de les insérer dans des trous pratiqués dans des dents de souris. Après six semaines, les éponges avaient disparu et étaient remplacées par de la dentine neuve. La pulpe dentaire était même en meilleur état après ce traitement que chez les rongeurs traités avec le ciment conventionnel.

Dans une clinique près de chez vous?

La seule crainte des chercheurs concernait les risques d’effets secondaires que pouvait entraîner ce médicament sur le corps, surtout s’il entrait dans le sang et circulait dans tout l’organisme. Ils ne voulaient pas que cela ait d’impact ou d’effets secondaires ailleurs dans le corps.

Toutefois, les chercheurs ont constaté qu’ils pouvaient réparer les dents avec des doses 1000 fois moins grandes que ce qui est utilisé pour traiter l’Alzheimer. De plus, l’innocuité de ces médicaments ayant déjà été testée, dans le cadre d’autres études sur cette maladie neurologique, cela permettrait un passage très rapide vers l’utilisation de cette méthode en clinique une fois qu’elle sera validée.

Par contre, il sera toujours nécessaire de retirer la partie morte de la dent avant de l’amener à repousser, au grand désespoir de ceux qui ont peur des instruments des dentistes.

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