Depuis des années, les nouvelles technologies de la reproduction, les NTR, défraient régulièrement la chronique - et quelquefois effraient les chroniqueurs et le public. Elles causent souvent de l'étonnement, parfois de l'incrédulité. Et soulèvent bien des questions et inquiétudes.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

De l'étonnement, on en a eu une fois de plus cette semaine, avec le bébé à 3 parents biologiques. Le garçon, né au Mexique en avril dernier, porte les gènes de deux femmes et d'un homme.

Un couple avait déjà eu deux enfants, tous deux atteints d'une maladie génétique mortelle, et ils voulaient à tout prix avoir un enfant qui n'ait pas cette maladie, causée par une anomalie des mitochondries. Les mitochondries ? Chaque cellule contient un noyau, ou se trouve l'essentiel de ses gènes (plus de 99 % du génome). Elle contient aussi, hors du noyau, des mitochondries, qui sont les petites centrales énergétiques de la cellule. Les mitochondries ont leur propre ADN, dit ADN mitochondrial, qui est transmis à l'enfant uniquement par la mère.

Comment empêcher la maladie mitochondriale? La recette s'explique bien. On prélève l'ovule de la future mère et on en extrait le noyau. D'un autre côté, on prend l'ovule d'une femme donneuse, dont l'ADN mitochondrial est sain, et on en enlève aussi le noyau... qu'on remplace par le noyau de la future mère. On obtient ainsi un ovule sain, qui comprend les gènes du noyau de l'ovule de la mère et les gènes des mitochondries de la donneuse. On met le tout dans une éprouvette avec les spermatozoïdes du père et, si fécondation il y a, on implante l'embryon. Cet embryon a donc des gènes provenant de deux femmes et d'un homme. Et c'est ainsi qu'on verra naître un bébé sans la maladie mitochondriale. C'est bien et c'est tant mieux. On a fait toute cette gymnastique « pour la bonne cause » : la cause d'un enfant en santé.

Sauf que toutes ces technologies de la reproduction soulèvent toujours les mêmes questions. Combien d'essais et d'échecs pour un succès? N'a-t-on pas affaire à une expérimentation sur l'humain? Quels sont les coûts d'une telle intervention? Qui les paiera, si la technique devait se répandre? Peut-on désirer un enfant comme on désire n'importe quoi d'autre? Que dire aussi de la filiation troublée (et troublante) qui résulte de cette façon d'être conçu et de venir au monde? Ou de ce que vivra l'enfant quand il aura 10 ans, 15 ans, 20 ans?

Le prélèvement d'ovules n'est pas une intervention anodine. La pratique des mères porteuses est hautement discutable : la porteuse est bien plus une machine qu'une personne, surtout dans les pays du sud avec ce qu'on appelle, par euphémisme, le « tourisme reproductif ».

Ce qu'il faut également souligner, c'est que ces techniques peuvent être aux limites de la légalité et de l'éthique. La preuve : elles sont parfois effectuées dans des pays où les pratiques médicales sont peu, mal ou pas encadrées du tout. Dans le cas de cet enfant à trois parents, ça s'est passé au Mexique, pas à New York, dans la clinique du médecin qui a procédé à l'opération, pas non plus en Grande-Bretagne, où pourtant l'intervention est permise depuis 2015.

Je me souviens de la naissance du premier bébé-éprouvette, la petite Louise Brown, en juillet 1978, en Angleterre. Partout dans le monde, les sentiments étaient étonnés, souvent admiratifs, mais parfois craintifs. Depuis, les NTR ont franchi bien des étapes, voire transgressé des interdits : naissances multiples, mères porteuses rémunérées ou pas, « mémés-éprouvettes », interventions sur l'embryon, embryons surnuméraires (quand on en a trop produit dans l'éprouvette), embryons orphelins (quand les parents n'en n'ont plus besoin ou sont décédés), choix du sexe de l'enfant à naître, etc., etc., etc.)

Décidément, nous vivons l'époque du bébé à tout prix. À quand un homme enceint? Et, pourquoi pas, enceint de son propre clone?