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L’huile de palme, un moindre mal pour la biodiversité

Si la déforestation associée à la production d'huile de palme menace pas moins de 193 espèces animales, telles que les orangs-outans et les tigres, les options de rechange pourraient s'avérer pires pour la biodiversité, note un rapport de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Un texte d’Alain Labelle

Des aliments transformés, comme les pizzas surgelées, aux produits de beauté en passant par les biocarburants, l’huile végétale est au centre des habitudes quotidiennes des humains.

À eux seuls, en raison de leurs rendements élevés, les palmiers à huile représentent pas moins de 35 % de toute l’huile végétale produite dans le monde, mais ils ne représentent que 10 % des terres affectées aux cultures oléagineuses et 0,4 % de la déforestation globale.

L’Asie au centre du problème

Le rapport note que les impacts actuels de la production d’huile de palme sur la biodiversité sont observés particulièrement en Malaisie et en Indonésie. Dans certaines régions, pas moins de 50 % des forêts ont été transformées en plantations. D’autres régions en Afrique tropicale et en Amérique pourraient aussi produire de cette huile prochainement pour répondre à la demande grandissante.

Si ces pourcentages sont préoccupants, le rapport note que la réalité est complexe et que la simple interdiction de production d’huile de palme ne réglerait rien puisque la demande en huiles végétales ne fléchira pas.

Données satellites et officielles

Les auteurs de l’étude ont utilisé des données satellites pour estimer la zone totale plantée. Les renseignements recueillis permettent d’estimer à 18,7 millions d’hectares la surface de culture uniquement pour l’huile de palme industrielle, soit au moins 25 millions d’hectares en incluant les petites plantations.

C’est plus que les 21 millions d’hectares rapportés par les principaux pays producteurs pour l’ensemble de l’huile de palme.

Des climats favorables

L’huile de palme est récoltée dans des régions tropicales riches en espèces animales et végétales, si bien qu'une augmentation des surfaces de culture aurait des effets catastrophiques sur la biodiversité mondiale.

Le rapport note que les zones où la culture de l’huile de palme pourrait potentiellement s’étendre abritent plus de la moitié (54 %) des mammifères menacés dans le monde et presque les deux tiers (64 %) des oiseaux menacés.

Un moindre mal?

Toutefois, si d'autres cultures oléagineuses venaient à remplacer l’huile de palme dans la consommation humaine, les dommages environnementaux se déplaceraient vers les écosystèmes des forêts tropicales d’Amérique du Sud ou de la savane africaine.

De plus, il faut savoir que les autres cultures oléagineuses demandent jusqu’à neuf fois plus de terres que l’huile de palme pour la même production.

Son remplacement par des cultures de colza, de soja ou de tournesol menacerait d’autres écosystèmes, et d’autres espèces en subiraient les conséquences. Il augmenterait ainsi significativement la surface terrestre totale utilisée pour la production d’huiles végétales.

Repenser la production

L’UICN explique que c’est en évitant davantage la déforestation liée à l’huile de palme que l’on obtiendrait, de loin, « les plus gros gains pour la biodiversité ».

« Pour mettre un terme à la destruction, nous devons chercher à obtenir une huile de palme produite sans déforestation et veiller à ce que toutes les tentatives pour limiter son utilisation soient appuyées par des études scientifiques solides », déclare Erik Meijaard.

De plus, le rapport souligne l'importance de mieux planifier les nouvelles plantations, ce qui permettrait d'éviter la destruction non seulement des forêts tropicales, mais aussi des zones de tourbières.

Des efforts gouvernementaux et citoyens

Les auteurs du document recommandent aussi aux gouvernements de protéger les forêts dans les pays producteurs d’huile végétale et de limiter la demande pour les utilisations non alimentaires de l’huile de palme, comme dans le cas des biocarburants.

La sensibilisation des consommateurs dans les principaux pays consommateurs (Inde, Chine et Indonésie) pourrait également accroître la demande en huile de palme certifiée dont la production respecte les pratiques durables.

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