Combattre le cancer, non pas avec un traitement de chimiothérapie et de radiothérapie, mais en utilisant le système immunitaire du patient : les chercheurs fondent de grands espoirs dans cette approche, qui porte le nom d'immunothérapie du cancer.

Un texte de Danny Lemieux de l’émission Découverte

Trois grands groupes de scientifiques se font une chaude lutte dans le monde, chacun avec une approche différente. Deux d’entre eux se trouvent au Québec.

L'immunothérapie est un champ à ce point prometteur que des spécialistes dans d'autres domaines, comme des chimistes, des biochimistes et des physiologistes, se sont mis à s'y intéresser de façon importante.

Dr Jean-Sébastien Delisle, hématologue, Hôpital Maisonneuve-Rosemont

Devant les virus et les bactéries, le système immunitaire remporte la majorité de ses combats. Mais contre le cancer, il échoue, car les cellules cancéreuses utilisent différents stratagèmes pour le déjouer.

Les cellules cancéreuses déjouent les lymphocytes T (un type de globules blancs, ces soldats du système immunitaire), notamment en déréglant leur système de freins et d’accélérateurs. Quand les accélérateurs du lymphocyte T s’activent, ce dernier passe à l’attaque et détruit la cellule. Une fois la cible maîtrisée, les freins prennent la relève et s’activent à leur tour. Le lymphocyte T cesse alors son offensive.

Mais lorsque le lymphocyte T se lie à la cellule tumorale, cette dernière se défend en activant les freins du lymphocyte. Ce dernier est alors désarmé. Les cellules cancéreuses ont le champ libre.

Dans ses laboratoires, le Dr Jean-Sébastien Delisle prépare la réplique.

« Il y a plusieurs types de cellules immunitaires qui peuvent s’attaquer aux infections ou au cancer. Le lymphocyte T est probablement le sous-type le plus important. Il coordonne les réponses immunitaires, a une capacité de mémoire, et il a été démontré, depuis plusieurs décennies, qu’il est l’architecte principal des réponses antivirales et antitumorales », explique le Dr Delisle, hématologue à l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Pour guider les lymphocytes T vers les cellules cancéreuses du patient, il faut leur établir une cible. Et cette cible, ce sont les antigènes. Un antigène est en quelque sorte le profil de la cellule, une carte d’identité.

Une fois que les lymphocytes T connaissent la carte d'identité de leur ennemi, ils sont instantanément mobilisés pour éliminer les cellules porteuses de cette carte. Reste ensuite à sélectionner les meilleurs lymphocytes T, ceux dont la cellule cancéreuse du patient est incapable d'activer les freins. Les meilleurs combattants seront ensuite transfusés au patient.

Les cellules dendritiques

À l’Université McGill, Michel L. Tremblay s’intéresse quant à lui au cancer du pancréas. Pour ce spécialiste en oncologie, le soldat de prédilection n’est pas le lymphocyte T, mais plutôt la cellule dendritique, un acteur important du système immunitaire.

Véritable sentinelle, la cellule dendritique a comme mandat non pas d’attaquer, mais bien d’identifier le profil de l’ennemi pour ensuite le transmettre au lymphocyte T, qui, lui, se ruera sur la cible.

À l’international, on investit des milliards de dollars dans les différentes approches immunologiques. Elles produisent des résultats spectaculaires, mais chez un nombre restreint de patients, soit seulement de 20 % à 30 % d’entre eux.

Certaines approches induisent davantage d’effets secondaires. Les lymphocytes T activés deviennent parfois si puissants qu’ils déclenchent une réaction auto-immune, c'est-à-dire qu’ils s’attaquent aux tissus sains.

D’ailleurs, en novembre 2016, les autorités américaines ont mis fin abruptement à un essai clinique de phase 2 après que cinq patients eurent succombé à un œdème cérébral, signe d’une toxicité neurologique.

« Ça reflète surtout le fait qu’on comprend encore très, très mal les relations entre le système immunitaire et le cancer, bien humblement, dit le Dr Delisle. Le fait que dans certains cas, on puisse avoir des réponses quasi miraculeuses chez des patients réfractaires, alors que chez d’autres, aucune réponse, ça dépend probablement des facteurs qui sont en lien avec la tumeur elle-même. »

Peut-être que la tumeur apprend à déjouer le système immunitaire beaucoup mieux qu’on pensait.

Dr Jean-Sébastien Delisle, hématologue, Hôpital Maisonneuve-Rosemont

À ce jour, seuls les patients en phase terminale participent aux essais cliniques.

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