Une nouvelle étude américaine montre que les femmes perdent plus d'années de vie que les hommes après un infarctus. Significativement plus. Un portrait troublant de la vulnérabilité des femmes qui force à revoir les pratiques.

Un reportage de Jean-François Bouthillette  de l'émission Les Années lumière

Pour une crise cardiaque subie à 65 ans, par exemple, une femme perdra en moyenne 10 ans de sa vie, alors qu'un homme en perdra la moitié moins.

C'est le portrait qu'ont obtenu des chercheurs en analysant le sort de 146 743 patients américains, hommes et femmes, pendant les 17 ans suivant un infarctus survenu au milieu des années 1990.

Si l'espérance de vie des uns et des autres est comparable, après l'événement, les femmes sont plus perdantes quand l'on tient compte de leur espérance de vie plus grande.

De moins bons diagnostics

Pour Michel White, médecin et chercheur à l'Institut de cardiologie de Montréal, l'écart s'explique surtout par le fait que les maladies du cœur des femmes s'accompagnent plus souvent de symptômes atypiques, plus difficiles à reconnaître pour les médecins.

Plus souvent qu'un homme, une patiente décrira une douleur diffuse ou inconstante, un essoufflement, de la fatigue, des pertes de conscience ou des sueurs abondantes - et non pas les typiques douleurs vives à la poitrine irradiant dans le bras gauche ou la gorge.

Trop souvent, ces symptômes d'une maladie cardiaque seront confondus avec ceux de l'anxiété ou de la ménopause. On interviendra donc moins rapidement - si l'on intervient.

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Les femmes sous-représentées dans la recherche

Cette nouvelle étude ajoute à l'inquiétude de la coordonnatrice du Centre canadien pour la santé cardiaque des femmes, Sue Perron. Mais elle ne la surprend pas.

« On sait que le risque de décès, dans l'année suivant une crise cardiaque, est 50 % plus élevé chez la femme », souligne-t-elle, montrant du doigt elle aussi la méconnaissance des symptômes, mais aussi des traitements les mieux indiqués pour les femmes.

Sue Perron explique que les femmes sont gravement sous-représentées dans les études sur la santé cardiovasculaire.

Fondé en novembre dernier pour aborder ce problème, son centre se consacre à la recherche sur la santé cardiaque des femmes. Il cherche, en outre, à sensibiliser les femmes, qui elles-mêmes connaissent mal les signes à surveiller.

Des médecins plus prudents

Du côté des médecins, on est de plus en plus conscient des lacunes dans l'identification et le traitement des maladies cardiaques chez la femme.

« Le tableau clinique est souvent beaucoup moins clair, confirme la Dre Karine Sanogo, urgentologue à l'hôpital de Saint-Jérôme. Ceci étant dit, je pense que les médecins d'urgence sont de plus en plus prudents par rapport aux douleurs thoraciques et aux présentations atypiques. Ils vont souvent avoir recours à des analyses chimiques pour aider au diagnostic. »

Responsable de la formation médicale continue à l'Association des spécialistes en médecine d'urgence du Québec, la Dre Sanogo affirme que la question est un sujet chaud dans les conférences et colloques des médecins de première ligne, urgentologues et médecins de famille.

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