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L’inflammation qui accompagne la prise de poids n’est pas toujours néfaste

Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'à aujourd'hui, toutes les formes d'inflammation accompagnant la prise de poids ne sont pas néfastes.

Un texte d'Alain LabelleLes travaux du Dr Mike Sapieha et de son équipe de l’Université de Montréal et de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont montrent que des cellules blanches inflammatoires (appelées macrophages de type Neuropilin1-positives) jouent un rôle crucial dans la préparation des tissus adipeux à l’augmentation pondérale.

C’est un peu comme si elles permettaient de mettre en place dans le gras une structure pour soutenir la prise de poids.

Explications

Le gras corporel est composé de milliards de cellules (adipocytes) qui encapsulent l’énergie. Pour fonctionner, ces cellules ont besoin d’un réseau vasculaire efficace qui permet un apport en oxygène et en nutriments, mais aussi l’évacuation des déchets qu’elles produisent.

Il faut savoir que, selon la quantité de calories qu’une personne consomme, les tissus adipeux (le gras corporel) prennent de l’expansion ou au contraire se contractent.

Or, pour que l’expansion du gras corporel puisse se faire sans perturber l’organisme, celui-ci doit subir un processus de préparation.

« Elles [les cellules macrophages] vont créer des petits tunnels pour permettre aux vaisseaux sanguins de passer », explique le Dr Sapieha.

Des tissus adipeux mieux irrigués

Ainsi, si les souris possèdent ce type de macrophages (Neuropilin1-positives), leur organisme est beaucoup plus apte à irriguer leurs tissus adipeux, et elles présentent ainsi moins de dégénérescence de certains adipocytes.

Cette dégénérescence mène, si la croissance des vaisseaux n’est pas proportionnelle à l’expansion des adipocytes, à l’apparition de certaines maladies. Des adipocytes meurent et entrent alors dans un stade décrit comme nécrotique, qui cause beaucoup d’inflammation négative.

Cette réalité pourrait peut-être expliquer, chez l’humain, pourquoi certaines personnes qui font de l’embonpoint sont plus en santé que d’autres et peuvent, par exemple courir un marathon.

La Dre Ariel Wilson, postdoctorante dans l’équipe de Mike Sapieha et première auteure de ces travaux, explique que ce type de cellules contribue à une prise de poids saine.

De plus, cette recherche montre que le fait de transférer des cellules immunitaires Neuropilin1-postives (par la moelle osseuse) à des souris qui en sont au départ dépourvues aide l’organisme de ces rongeurs à réguler de nouveau ses niveaux de sucre et confère même à ces souris une meilleure santé métabolique.

Ces nouvelles connaissances montrent donc qu’un sous-type de cellules immunitaires joue un rôle fondamental dans le maintien de la santé pendant la prise de poids, une découverte qui permet de mieux comprendre les complications associées à l’obésité.

Des souris et des hommes?

Ces travaux ont été menés sur des souris, mais fournissent des pistes de compréhension du phénomène chez l’humain. L’équipe montréalaise a d’ailleurs commencé les démarches pour réaliser d’autres travaux similaires chez l’humain qui permettront de confirmer les résultats obtenus chez les rongeurs.

Ces travaux sont l’aboutissement de cinq ans de travail, explique le Dr Sapieha. Ils sont publiés dans la revue Science Immunology.

Un problème de gras et de poids

Le syndrome métabolique provoqué par l’obésité est dû à une accumulation excessive de graisses qui déclenche une inflammation dommageable pour l’organisme et qui empêche le bon fonctionnement des organes.

Au moins trois de ces facteurs de risque sont nécessaires pour être en présence de ce syndrome :

  • Glycémie élevée
  • Embonpoint abdominal
  • Taux élevé de triglycérides sanguins
  • Hypertension
  • Faible taux de « bon » cholestérol

Parmi les répercussions de ce dérèglement, on compte des perturbations des mécanismes de régulation du taux de sucre menant au diabète, mais aussi un risque accru de maladies cardiaques et d’accident vasculaire cérébral (AVC).

La grande majorité des cas sont liés à un style de vie sédentaire et à une mauvaise alimentation, mais la génétique peut également y contribuer.