Un organisme communautaire de soutien aux toxicomanes à Montréal, Méta d'Âme, vient de se faire couper une partie de ses vivres par le ministère de la Santé du Québec. Méta d'Âme, « un organisme d'entraide "par et pour" les personnes dépendantes aux opioïdes », continuera d'exister. Mais il ne recevra pas les 44 000 $ demandés pour poursuivre pleinement son programme PROFAN en 2017.

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

Je dis pleinement parce que PROFAN ne disparaîtra pas non plus; il sera plutôt mis sous respirateur artificiel grâce à une petite subvention de 15 000 $ de la Direction de la santé publique de Montréal.

Méta d’Âme avait mis sur pied, en 2015, le programme PROFAN pour faciliter l’accès à la naloxone. La naloxone est un médicament qui limite les risques d’une surdose d'opioïdes, une sorte d’antidote aux opioïdes. Les opioïdes les plus connus sont un médicament d’ordonnance, le fentanyl (aussi vendu dans la rue), et une drogue, l’héroïne.

Au cœur de PROFAN : les usagers ou les anciens usagers d’opioïdes, ainsi que leur entourage, les pairs comme on dit. Pourquoi eux? Parce qu’étant sur place, ils sont les premiers témoins d’une surdose qui commence. Ils peuvent donc injecter immédiatement la naloxone, qu’ils ont à portée de la main dans une trousse qui leur est confiée. Bien faite, cette intervention va souvent déterminer si une personne va mourir ou survivre en attendant l’arrivée d’Urgences-santé.

En un an et demi, plus de 300 personnes ont reçu leur formation PROFAN à Montréal. De 20 à 30 d’entre elles ont eu à intervenir dans des situations de surdose, ce qui a permis de sauver bon nombre de vies.

Les opioïdes, dont le fentanyl, causent actuellement une véritable catastrophe de santé publique. Chaque jour, chaque jour, aux États-Unis, les opioïdes tuent environ 80 personnes par surdose – ce qui fait 29 000 victimes par année. Plus de la moitié de ces décès sont attribuables à des opioïdes dits pharmaceutiques comme le fentanyl, même s’ils ne sont pas nécessairement achetés en pharmacie, ni fabriqués par des compagnies pharmaceutiques. Depuis 2008, toujours aux États-Unis, les drogues tuent plus de personnes que les routes : 40 % de plus en 2014.

Et cette crise de santé publique commence à frapper le Canada, où les opioïdes ont tué un millier de personnes l’année dernière. Surtout en Colombie-Britannique, mais aussi, et de plus en plus, dans les Prairies, en Ontario et au Québec.

Fait troublant, de nombreuses personnes dépendantes aux opioïdes, notamment au fentanyl, le sont devenues après s’être fait prescrire, et très légitimement, des médicaments antidouleur – aux États-Unis, on écrit 650 000 de ces prescriptions par jour. La crise des opioïdes est donc en grande partie une crise iatrogène, un mot qui signifie, littéralement, « causée par le médecin » ou « par la médecine ». Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas alimentée par les drogues illégales, dont du fentanyl bricolé dans des laboratoires clandestins.

Comment endiguer, contenir, ou au moins amoindrir cette catastrophe? Certainement pas avec des approches répressives, qui n’ont jamais fait leurs preuves. Mais plutôt avec des programmes d’éducation, de prévention, d’aide aux toxicomanes pour qu’ils puissent sortir de leur toxicomanie. Et aussi par des programmes dits « de réduction des méfaits ». Par exemple, en donnant de la méthadone en substitution à l’héroïne, même si la méthadone est aussi un opioïde, mais un opioïde « doux », si l’on peut dire. Ou encore, en offrant aux utilisateurs de drogues par voie intraveineuse des lieux d’injection supervisée.

La dépendance aux opioïdes, comme toutes les dépendances, comme toutes les toxicomanies, est une maladie. Une maladie complexe qu’il faut traiter par toutes sortes de moyens, médicaux, psychologiques, sociaux. Pour ramener un jour les toxicomanes à la santé – en commençant par les aider à ne pas mourir de leur maladie, comme le faisait et devrait continuer à le faire le programme PROFAN mis sur pied par l’équipe de Méta d’Âme.

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