Même si la limace est parfois considérée comme l'un des êtres les moins intéressants du règne animal, elle a inspiré la fabrication d'un nouveau genre d'adhésif médical.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Réparer des lésions corporelles, qu’elles soient internes ou externes, nécessite souvent des points de suture. Cette technique est parfois difficile à mettre en pratique, principalement si la lésion est de petite taille ou difficile d’accès.

Dans ces moments, utiliser de la colle pour refermer ces plaies serait simple, mais plusieurs problèmes empêchent l’emploi de ce genre d’adhésif. Bien peu de colles sont efficaces en milieu liquide ou humide et celles qui le sont s’avèrent souvent toxiques pour les cellules. Il existe des colles médicales non toxiques, mais elles sont beaucoup moins fortes que leur équivalent chimique et exercent souvent une fonction de soutien.

D’outil défensif à outil médical

Une équipe de chercheurs des universités McGill et Harvard a remarqué que la loche roussâtre (Arion subfuscus), que l’on trouve en Amérique du Nord et en Europe, a la capacité de sécréter une colle spéciale quand elle se sent menacée. Ce mucus lui permet de rester fixée sur la surface où elle se trouve et d'empêcher un prédateur de l'emporter.

En analysant la composition de cette colle lors d'une étude précédente, Jianyu Li, auteur principal et professeur adjoint au Département de génie mécanique de l’Université McGill, a remarqué qu’elle était formée de deux grandes composantes : une matrice flexible, c’est-à-dire un filet biologique capable de supporter de grandes tensions, et des protéines contenant une charge électrique positive.

Ces protéines vont attirer ce qui se trouve autour d’elles de la même façon qu’un ballon se colle au mur par électricité statique après avoir été frotté sur nos cheveux.

La limace peut donc se coller à une surface en exploitant des forces qui relient les atomes les uns aux autres. Ce phénomène a déjà été observé ailleurs dans la nature et permet, entre autres, aux lézards geckos de marcher sur les murs.

Les chercheurs ont recréé lors de cette nouvelle étude cette colle de limace de façon synthétique et ont obtenu un hydrogel en polymère plastique exceptionnellement efficace. Lors d’une démonstration, ils ont collé une extrémité de cet adhésif sur un cœur de porc et l’ont étiré jusqu’à 14 fois sa longueur initiale.

En plus de lui faire maintenir ensemble des tissus comme la peau, le cartilage, des artères ou des organes, les chercheurs s’en sont servis à d'autres fins, comme sceller un trou dans un cœur de porc, qui a ainsi continué à battre, ou arrêter une hémorragie du foie chez des souris. Des tests de longévité ont aussi montré la durabilité de cet adhésif, qui n’avait toujours rien perdu de sa force après deux semaines dans le corps de ces animaux.

Bien qu’il reste beaucoup de travail à faire avant l’arrivée de ce nouveau type d’adhésif dans les blocs opératoires, ce qui a été présenté est, pour l’instant, une substance supérieure à ce qui est déjà utilisé. On peut imaginer qu’un nouveau produit, capable de fixer rapidement des surfaces de tissus les unes aux autres, serait prisé dans le monde médical.

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