Jadis, les Amérindiens avaient l'habitude de surnommer les pleines lunes. Souvent, ces noms référaient aux saisons ou aux différentes activités qu'ils devaient réaliser. C'est d'ailleurs bientôt la Lune des moissons.

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

Évidemment, puisque ça relève du folklore plutôt que de la science, les noms diffèrent selon les sources. Mais en voici quelques-uns que je trouve bien choisis :

  • En février : la pleine Lune des neiges;
  • En mai : la pleine Lune des fleurs;
  • En juin : la pleine Lune des fraises ou celle des roses;
  • En juillet : la pleine Lune des orignaux, en raison des repousses des bois sur leur tête;
  • En novembre : la pleine Lune des castors - pour deux raisons : pour les Amérindiens, c'est le temps d'installer les trappes à castor pour en récolter la fourrure, mais pour les animaux, c'est le moment de se préparer à l'hiver.

La pleine Lune des moissons

Certains en attribuent l'origine au temps où les fermiers étaient dépendants de la lumière naturelle pour faire leurs récoltes. Cette pleine lune arrivait à point nommé et voici pourquoi.

En moyenne, sur un cycle mensuel, la lune se lève une cinquantaine de minutes plus tard chaque nuit, sauf pour celles qui avoisinent la Lune des moissons; cette durée diminue alors jusqu'à une vingtaine de minutes.

En d'autres mots, ça signifie que l'intervalle entre le coucher du soleil à l'ouest et le lever de la lune à l'est est très court pendant quelques jours, retardant donc la tombée de la nuit. Ce qui était parfait pour les fermiers qui, ne bénéficiant pas d'éclairage artificiel, pouvaient alors poursuivre leurs travaux tard en soirée.

Cette année, la pleine Lune des moissons a lieu le 16 septembre à 15 h 5 HAE, soit six jours avant l'arrivée de l'automne, mais elle aura l'allure de pleine lune pendant au moins trois nuits.

Super-lune ou non?

Cette expression, qu'on donne à certaines pleines lunes dans l'année, ne fait pas l'unanimité. En fait, la définition varie selon les experts. Les critères mathématiques diffèrent concernant une variable qui sert pour déterminer si une pleine lune mérite l'appellation de super : la position de la Lune sur son orbite. Certains utilisent le périgée minimal annuel, d'autres, le périgée mensuel.

Un peu de terminologie astronomique s'impose ici.

Périgée : Chaque mois, la Lune fait le tour de la Terre sur une orbite plutôt ovale. Notre planète n'étant pas totalement au centre de cette orbite, à un moment donné dans le mois, la Lune se retrouve au point le plus près de la Terre, qu'on appelle le périgée. À l'opposé, le point le plus éloigné sera l'apogée.

Phase de la pleine lune : Une fois par mois, quand la Lune est dans un alignement particulier avec la Terre et le Soleil, elle entre dans l'une de ses quatre phases, celle de la pleine lune.

Quand cet alignement se produit au moment où la Lune est à son périgée ou tout près, elle paraîtra légèrement plus grosse que normalement. On est alors en présence d'une super-lune.

Les différentes définitions font varier le nombre de super-lunes annuellement. Pour 2016, par exemple, certains, comme Richard Nolle, astrologue qui a suggéré le terme « super-lune » en 1979, en calculent six; d'autres, comme Fred Espenak, astrophysicien de la NASA considéré comme M. Éclipse, en comptent quatre.

Cette Lune des moissons est qualifiée de super-lune quand les calculs sont faits avec le périgée mensuel, à la façon de Fred Espenak.

Super-lune, grosse, brillante et colorée

Rappelez-vous le 27 septembre de l'an dernier : on avait eu droit à une éclipse lunaire totale combinée à une super-lune; un phénomène qui ne s'est produit que six fois depuis 1900! Si vous avez eu la chance de l'observer, vous vous souviendrez à quel point la lune était surdimensionnée et très brillante.

Cette année, les propriétés de la pleine Lune des moissons seront un peu moins impressionnantes. Et c'est facilement explicable. En 2015, les deux événements, la pleine lune et la Lune exactement à son périgée, se sont produits en une heure d'écart; cette année, ils sont séparés par deux jours.

C'est pourquoi, oui, on verra la Lune un peu plus grosse et brillante que la moyenne, mais pas autant que l'an dernier.

Mais attention : il y a aussi l'illusion lunaire, un phénomène optique pas encore bien compris par les scientifiques, qui fait grossir l'apparence des pleines lunes à l'horizon.

Quant à sa couleur, elle sera effectivement orangée, mais ce n'est pas particulier à la Lune des moissons; c'est le cas de la plupart des pleines lunes qui se lèvent autour du crépuscule. Quand on regarde un phénomène à l'horizon, comme un coucher de soleil ou un lever de lune, la lumière doit traverser une épaisse couche d'atmosphère; seules les couleurs aux longueurs d'onde plus longues, comme le rouge et l'orange, arrivent à passer. D'où l'apparence orangée de la lune ou des couchers de soleil rouges.

Observation astronomique facile

Croisons-nous les doigts pour que le ciel soit dégagé pendant les nuits des 15, 16 et 17 septembre afin d'observer cette belle Lune des moissons. Il n'y a aucun danger à observer cet astre à l'œil nu ou avec des jumelles, et ce, à n'importe quelle phase.

D'ailleurs, c'est encore plus intéressant quand la lune est en quartier, en croissant ou gibbeuse : en regardant le terminateur, c'est-à-dire la limite entre le côté éclairé et celui dans l'ombre, on peut bien voir les reliefs et les cratères.

Et comme le chantaient Nora Bayes et Jack Norworth en 1908, Shine On Harvest Moon (En voici une version plus actuelle par Leon Redbone). Bonne observation!

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