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La médecine nucléaire prête à faire face à la fermeture du réacteur de Chalk River

Le réacteur nucléaire de Chalk River, qui produit des isotopes médicaux, ferme officiellement ses portes le 31 octobre. Depuis la panne survenue en 2009, qui avait causé une pénurie mondiale, l'industrie de la médecine nucléaire se prépare à la fermeture du réacteur ontarien.

Un texte de Myriam Fimbry de l'émission Les Années lumière

En 2009, le réacteur ontarien fournissait au moins 60 % des isotopes médicaux à travers le monde, dont le fameux technétium 99m, dérivé du molybdène, utilisé dans plus de 80 % des examens de médecine nucléaire. La panne avait mis un frein à la production pendant 15 mois, ce qui avait causé une pénurie dramatique à travers le monde. Le médecin nucléiste François Lamoureux se souvient d'avoir dû réduire les doses, sélectionner les malades, retarder les examens moins urgents. « Une gestion assez spectaculaire! » résume-t-il.

Cette fois, les différents acteurs de l'industrie de la médecine nucléaire sont mieux préparés. Les principaux fournisseurs d'isotopes au Canada, comme Mallinckrodt et Lantheus, ont diversifié leurs sources d'approvisionnement et conclu des ententes avec d'autres réacteurs et transformateurs.

L'entreprise américaine Mallinckrodt Phamaceuticals, établie au New Jersey, assure qu'elle « n'entrevoit aucun risque accru de pénurie d'isotopes au sein de l'industrie lorsque le réacteur cessera la production régulière de molybdène à la fin du mois. L'arrêt de la production est connu depuis plusieurs années. »

Le temps de voir venir

La crise provoquée par la panne de 2009 a causé un électrochoc et forcé l'industrie à revoir son fonctionnement.

En Australie, en Afrique du Sud et en Europe (France, Belgique, Hollande), l'industrie a accru sa production. De nouveaux réacteurs, en Pologne et en République tchèque, sont entrés en service. D'autres sont en construction ou sur le point de commencer les irradiations.

Depuis 2010, le réacteur ontarien a diminué progressivement sa production. Il ne fournissait plus que 20 % des isotopes médicaux dans le monde.

Le vice-président de l'Association canadienne de médecine nucléaire, François Lamoureux, s'inquiète toutefois d'une hausse probable des prix du molybdène, que le Canada va dorénavant devoir importer entièrement. Avec la distance et la durée de vie limitée des isotopes radioactifs, il faudra prévoir d'en commander davantage, afin de ne pas en manquer.

« En quittant ce secteur, le Canada passe du rôle de producteur, de distributeur, à celui d'acheteur », regrette le médecin nucléiste, qui travaille quotidiennement avec les isotopes médicaux, à l'Hôpital Santa Cabrini, à Montréal.

Maintenance préventive et planification

Comme plusieurs autres réacteurs dans le monde commencent à vieillir, des pannes suivies d'une pénurie ne sont pas à exclure.

Mais « l'industrie des réacteurs a beaucoup investi dans la fiabilité, la maintenance préventive et les rénovations », assure Jean-Michel Vanderhofstadt, président de l'Association of Imaging Producers and Equipment Suppliers (AIPES), qui regroupe toute l'industrie européenne des isotopes.

Les réacteurs travaillent par cycles et sont obligés de s'arrêter régulièrement. L'AIPES a mis en place un groupe de travail pour que tous les réacteurs dans le monde communiquent entre eux et coordonnent leur production, de façon à ce qu'ils ne s'arrêtent pas en même temps.

Si Chalk River ferme ses portes à la fin du mois, ce ne sera définitif qu'en 2018. « Le gouvernement nous a demandé qu'on garde la capacité de reprendre la production, pour pouvoir assurer la sécurité des patients », explique Maude-Émilie Pagé, directrice des communications à Énergie atomique du Canada limitée.

Le cyclotron, voie d'avenir

En 2018, du technétium produit par des cyclotrons canadiens - une solution de rechange aux réacteurs nucléaires - devrait pouvoir être utilisé dans les hôpitaux.

Un cyclotron est un accélérateur de particules circulaire. Il permet de produire différents radioisotopes qui émettent des positrons, comme le fluor 18, considéré comme l'étoile montante en médecine nucléaire - il est devenu incontournable pour détecter avec précision des cellules cancéreuses au poumon. De même, le gallium 68 est de plus en plus utilisé pour le cancer de la prostate.

Mais les chercheurs concentrent leurs efforts à démontrer que le cyclotron peut aussi produire le fameux technétium, utilisé dans plus de 80 % des examens de médecine nucléaire. Des cyclotrons en produisent déjà à Sherbrooke, Edmonton, Vancouver et Hamilton, avec le soutien financier du Canada, par l'intermédiaire du Programme d'accélération des technologies d'isotopes (PATI).