Un événement astronomique relativement rare se déroule aujourd'hui, le 9 mai 2016 : pendant un peu moins de sept heures et demie, la petite planète Mercure déambulera devant le Soleil, d'est en ouest

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

Cet événement, qui s'appelle passage ou transit de Mercure, ne se produira que 14 fois dans le siècle actuel. En réalité, il en reste 12, car les deux premiers se sont passés les 7 mai 2003 et 8 novembre 2006.

Astronomiquement et géométriquement parlant

Pour qu'il y ait un passage de Mercure, il faut qu'un trio d'astres, soit Mercure, la Terre et le Soleil, soit dans une configuration bien particulière.

Mercure est la première planète à partir du Soleil. Elle est donc une planète intérieure tout comme Vénus; leurs orbites sont plus petites que celle de la Terre. Mercure fait le tour du Soleil en 87 jours et demi alors que notre planète en prend 365 et quart.

En moyenne tous les 116 jours, Mercure passe entre le Soleil et notre planète. Mais parce que son orbite est inclinée de 7 degrés par rapport à celle de la Terre, elle est généralement beaucoup trop au-dessus ou en dessous du Soleil pour qu'on puisse l'observer. Cependant, certaines années, habituellement aux alentours du 8 mai et deux fois plus souvent autour du 10 novembre, les conditions géométriques sont parfaites pour un passage de Mercure.

Une toute petite éclipse solaire

À l'échelle de l'univers, les passages d'une planète devant leur soleil sont des événements fréquents. Dans notre système solaire, ces passages ne sont possibles que pour les planètes intérieures, soit Mercure et Vénus, et sont d'ailleurs plus rares pour cette dernière.

Le 9 mai donc, Mercure se déplacera entre la Terre et le Soleil et créera un phénomène d'éclipse solaire, comme quand la Lune passe entre la Terre et le Soleil. Cependant, la grosseur de la Lune et sa distance entre le Soleil et notre planète sont idéales pour qu'elle cache complètement le Soleil.

C'est différent pour Mercure : même si elle est plus grosse que la Lune, elle est tellement loin qu'elle n'obscurcira pas le Soleil; tout au plus, de notre point de vue terrestre, on verra un petit disque noir, représentant 1/160e de la taille de la surface du Soleil, passer devant lui.

À quoi ça sert pour la science

L'utilité scientifique des passages de Mercure et de Vénus devant le Soleil revient probablement à l'astronome anglais Edmund Halley - celui-là même de la comète. En novembre 1677, alors qu'il est sur l'île Sainte-Hélène, au milieu de l'Atlantique, il observe Mercure traversant le disque solaire. Il comprend alors que ce genre d'événement sera utile pour établir la distance absolue qui sépare le Soleil de la Terre et des autres planètes.

Dans un article rédigé en 1716, Halley espère observer les passages de Vénus prévus pour 1761 et 1769, afin de démontrer ses calculs. Mais il meurt en 1742 avant d'avoir pu confirmer ses hypothèses.

Cependant, aux XVIIIe et XIXe siècles, plusieurs astronomes à travers le monde ont poursuivi son travail. Munis de lunettes d'approche et d'une horloge, ils ont mesuré l'intervalle entre le moment où la silhouette de Vénus ou de Mercure commence à se glisser devant le Soleil et celui où elle en ressort. Sans une très grande précision, ils ont quand même pu établir l'ordre de grandeur des distances dans notre système solaire et aussi avec les autres étoiles.

Aujourd'hui, on utilise des échos radars pour mesurer les distances Terre-planètes avec une précision qui avoisine le mètre. Et des exoplanètes sont parfois découvertes par l'observation de leurs passages devant d'autres soleils que le nôtre.

Concrètement, que peut-on voir?

Le phénomène sera invisible à l'œil nu, car Mercure est trop petite et trop loin; un instrument qui grossit 50 à 100 fois, comme un petit télescope, est nécessaire.  Et ne tentez pas de chercher Mercure en scrutant le Soleil directement. 

Les risques de brûlures permanentes de la rétine de l'œil, et en particulier pour sa partie centrale appelée la macula, sont bien réels. Cette brûlure est insidieuse et sans douleur, mais les cellules qui seront détruites ne se régénèreront jamais.

Donc, en tout temps et pas seulement lors d'éclipses, il faut utiliser un filtre spécialement conçu pour observer le Soleil. Les verres de soudeur no14 - et rien de moindre, qui se trouvent dans la plupart des quincailleries sont adéquats, mais les filtres homologués pour l'observation sécuritaire du Soleil et disponibles dans les boutiques d'astronomie sont encore mieux. Tout autre supposé filtre, y compris les lunettes de soleil même très chères, n'est pas sécuritaire.

Avisez surtout les enfants afin qu'ils gardent en tête ce conseil pendant toute leur vie.

Donc, l'idéal pour assister à un passage de Mercure est de se joindre à un groupe d'astronomes amateurs. Vous pourrez ainsi bénéficier de conseils de gens qualifiés et profiter de moyens d'observation appropriés.

Pour voir le phénomène

Vérifiez dans votre région, plusieurs rencontres sont proposées pour le 9 mai. En voici certaines qui accueilleront le public, si le ciel est dégagé, de 7 h à 15 h :

En tout, le phénomène durera 7 heures et 28 minutes et débutera, en temps universel, à 11 h 13 pour se terminer à 18 h 41.

Les passages de Mercure (ou de Vénus) devant le Soleil ne sont pas observables de partout sur la planète, selon les heures où ils se produisent. Ceux de mai 2003 et novembre 2006 n'ont été visibles que partiellement de chez nous.

Celui de lundi est intéressant parce qu'il est le premier depuis 1960 à être observable, et dans sa totalité, de partout au Québec, dans les Maritimes et sur une partie de l'Ontario moyennant, évidemment, que le ciel soit dégagé!

Donc, en faisant la conversion des heures pour Montréal, ça veut dire que Mercure amorcera son passage devant le Soleil à 7 h 13 (Contact1-C1). En 3 minutes 12 secondes, elle en aura complètement franchi le bord (Contact2-C2). Elle traversera ensuite le disque solaire d'est en ouest, et sa sortie se fera graduellement, entre 14 h 38 et 14 h 41 (Contacts 3 et 4 - C3/C4, respectivement).

Sites pour voir en direct

Les astronomes, amateurs ou non, aimeraient bien que les conditions soient réunies pour assister à ce transit, puisque le prochain aura lieu le 11 novembre 2019 entre 12 h 35 et 18 h 04 GMT, et le suivant, le 7 mai 2049!

Si les nuages recouvrent le ciel de votre région le 9 mai, espérons que ce ne sera pas le cas partout dans le monde afin de pouvoir suivre en direct ce phénomène à partir de sites Internet qui l'offrent, dont ceux-ci :

Merci à nos astronomes amateurs...

Deux astronomes amateurs ont bravé le froid et les nuages pour réussir à entrevoir ce passage de Mercure. Merci de nous offrir le fruit de leurs photographies.

Marc Jobin du Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal : 

Et Jean-Marc Richard de l'Observatoire de Laval, photo prise à 10 h 34 HAE :

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