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La Rouge et l’Assiniboine déversent annuellement 400 millions de microplastiques dans le lac Winnipeg

Les rivières Assiniboine et Rouge déversent 400 millions de minuscules morceaux de plastique dans le lac Winnipeg chaque année. Cependant, ces particules sont si petites que même les amateurs de plage les plus avertis ne sauront pas que les morceaux sont là, selon une étude.

« Si vous avez un chalet au lac Winnipeg, vous ne vous en rendrez pas compte », dit Sarah Warrack, une étudiante à la maîtrise à l’Université du Manitoba.

La recherche de Mme Warrack sur les microplastiques trouvés dans les poissons, les rivières et le lac Winnipeg met en valeur une problématique en cours dans les écosystèmes d’eau douce à travers le monde. La recherche a été publiée dans le dernier numéro de Proceedings of Manitoba’s Undergraduate Science and Engineering Research.

« Le problème est le plastique en tant que tel. En tant que société, on compte trop sur le plastique. C’est bon marché, c’est facile », dit-elle. « Les microplastiques sont partout, et ce n’est pas un problème qui va disparaître. »

Sarah Warrack a trouvé des microplastiques partout où elle a recueilli des échantillons des rivières Assiniboine et Rouge. Le secteur de La Fourche est celui où la concentration des particules était la plus élevée.

Elle a trouvé des microplastiques dans presque tous les poissons qu'elle a disséqués. La recherche suggère que les principaux responsables sont les produits de toilette commerciaux, les vêtements synthétiques et les usines de traitement des eaux usées de Winnipeg.

« Avec le temps, nous réalisons que nous avons été indifférents à propos de ce qu’on met dans notre environnement, surtout les choses qu’on ne peut pas voir », dit Mark Hanson, le superviseur de Sarah Warrack au département d’environnement et de géographie de l’Université du Manitoba.

Les microplastiques bannis dans les dentifrices et les exfoliants pour la peau

Les microplastiques mesurent 5 mm de diamètre (à peu près la taille d’un grain de sésame) ou moins, et tombent dans différentes catégories :

  • des microbilles ou des granules, qui se retrouvent dans certains produits de bricolage et dans des exfoliants;
  • des fragments qui sont déchiquetés et qui auraient pu se détacher d’un plus gros morceau de plastique,
  • des mousses légères,
  • des fibres provenant de vêtements synthétiques,
  • et de pellicules minces provenant d’objets comme des sacs de plastique.

Depuis janvier dernier, les produits de toilette contenant des microbilles sont interdits par le gouvernement du Canada. Ils ne peuvent pas être fabriqués ni importés dans le pays pour des raisons environnementales.

L’interdiction de la vente de ces produits entre en vigueur le 1er juillet 2018. Cependant, les produits de santé naturels et les médicaments sans ordonnance contenant des microbilles pourront être en vente jusqu’au 1er juillet 2019.

Il n’y a pas de preuves que les microplastiques soient dangereux pour les humains ou pour les plus gros animaux. Cela dit, les invertébrés aquatiques, les moules ou les escargots pourraient avoir des problèmes. La recherche sur l'effet des microplastiques en est encore à ses débuts.

Cependant, une chose est sûre : la recherche de l’an dernier a démontré que le lac Winnipeg avait environ 5 milliards de pièces de microplastiques qui flottaient à la surface de ses eaux.

La recherche a relevé que la majorité du plastique dans le lac Winnipeg est sous forme de microfibres qui tombent de vêtements lors, par exemple, du lavage d'un polar. La recherche de Sarah Warrack a relevé des données similaires : 89 % de ses échantillons de plastique étaient des microfibres.

Des microplastiques dans les eaux usées de la rivière

Sarah Warrack a analysé l’eau à cinq endroits sur les rivières Rouge et Assiniboine, situées en amont et en aval de trois stations d’épuration de Winnipeg.

Du microplastique a été trouvé dans chaque lieu d’échantillonnage, les quantités les plus élevées étant dans les rivières Rouge et Assiniboine en juin, l'époque où les usines de traitement des eaux usées y déversent le plus d'eau non traitée.

Il y avait davantage de microplastiques dans les eaux de surface de la rivière Assiniboine (1,2 million de morceaux en moyenne par kilomètre carré) que dans la rivière Rouge (806 000 morceaux par kilomètre carré).

« On a trouvé des densités très élevées des microplastiques dans ces rivières à cause d’usines d’épuration des eaux usées qui y libèrent leurs effluents. »

Beaucoup de styromousse et de plastique à La Fourche

L'endroit où il y avait le plus de microplastiques, et de loin, était le confluent des deux rivières à La Fourche, au centre-ville de Winnipeg. Il y avait aussi plus de gros déchets de plastique qu'aux autres endroits.

Sarah Warrack note qu’environ 90 % des microplastiques provenant des eaux usées des résidents sont filtrés. Le reste se retrouve dans des rivières locales qui se rendent au Lac Winnipeg.

Si on ne sait pas si l’effluent d’eaux usées est la source principale de microplastiques dans le lac Winnipeg, la recherche de Sarah Warrach suggère que cela pourrait être le cas.

Mark Janson et Sarah Warrack espèrent bientôt mieux comprendre comment ce plastique se comporte une fois qu’il est dans le lac Winnipeg.

« Il y a des microplastiques partout, mais peut-être qu’on peut atténuer ce problème en faisant des choix plus intelligents », conclut Sarah Warrack.

D'après un texte de Bryce Hoye