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La santé publique, entre politique et réalité

Le gouvernement du Québec vient d'annoncer une nouvelle politique gouvernementale de prévention en santé. Le document d'une centaine de pages a été présenté par sept ministres. Sept ministres parce que la santé, ce n'est pas seulement l'affaire du réseau de la santé, c'est aussi l'affaire de l'école, de la famille, du monde du travail, des villes, de l'agriculture, de l'environnement, etc. Une politique qui se présente comme « un projet d'envergure pour améliorer la santé et la qualité de vie de la population ».

Un texte de Yanick Villedieu, animateur de l'émission Les Années lumière

Cette politique propose, d'ici 2025, neuf cibles dites « ambitieuses » qui concernent, entre autres, la petite enfance, les aînés, le logement, le tabagisme, l'activité physique et l'alimentation.

Cette politique gouvernementale n'est donc pas une mauvaise chose. On y écrit que la prévention n'est « pas une dépense, mais bien un investissement ». On dit vouloir intervenir sur les déterminants sociaux de la santé, par exemple l'environnement, l'aménagement urbain, la qualité nutritive des aliments ou la pauvreté. On reconnaît que les inégalités sociales de santé sont « un défi incontournable ». On fait aussi une large place aux changements de comportements des individus - une place peut-être trop large, comme si les individus étaient les seuls responsables de leur santé et de leurs maladies. Et comme si, pour ne prendre qu'un exemple, l'épidémie d'obésité était due seulement aux mauvaises habitudes des gens, et pas à ce que leur offre l'industrie alimentaire.

Dans l'ensemble, cette politique est cousue de belles intentions. Mais les objectifs, et encore plus les moyens, sont parfois timides.

Par exemple, on sait que 74 % des enfants commencent leur scolarité du bon pied ; on veut monter cette proportion à 80 %, c'est modeste, et dans 10 ans, c'est loin. On veut aussi améliorer l'offre de logements sociaux, mais avec quel argent?

  • les équipes régionales de santé publique ont perdu près du tiers de leur budget (et une partie de leurs professionnels);
  • ce sont pourtant elles qui travaillent sur le terrain avec les écoles, les municipalités, les organismes locaux, pour réaliser des programmes qui aident les gens dans leurs choix santé;
  • l'Institut national de santé publique du Québec a perdu presque le quart de son budget de base ; or, l'INSPQ, c'est le bras recherche de la santé publique;
  • le programme Québec en forme est laissé à l'abandon, faute de sous;
  • globalement, la part des dépenses de santé publique et de prévention est passée de 3,5 % du budget total de la santé, à moins de 2 % (alors que l'Organisation mondiale de la santé recommande plutôt 5 %);
  • dans les écoles, les coupes ont réduit les services offerts aux enfants en difficulté : ici et là, il y a moins de services d'orthophonie, de psychologie, d'orthopédagogie.

Le blogue de Yanick Villedieu

La politique souligne aussi l'importance de services de garde de qualité durant la période préscolaire. Les CPE (Centres de la petite enfance) sont reconnus, recherches à l'appui, comme des exemples en la matière - pourtant, depuis une douzaine d'années, ce réseau a été mis à mal au profit des garderies privées, des entreprises dont l'objectif est la rentabilité, pas nécessairement la qualité.

Bref, le gouvernement qui lance aujourd'hui une belle politique de prévention, donc de santé publique, ne s'est pas montré l'ami de la santé publique depuis un peu plus de deux ans. Le ministère de la Santé est resté un ministère des soins de santé. L'accent est toujours mis sur le curatif et sur les médecins, enfants gâtés du système. Et il n'y a rien, dans cette politique, pour donner pouvoir et moyens aux directeurs et aux directions de la santé publique, qu'on ne cite même pas. Rien non plus sur ces artisans de la prévention que devraient être les CLSC (Centres locaux de services communautaires).

Pour dire que les actions doivent suivre les déclarations, on dit familièrement que « les bottines doivent suivre les babines ». Ici, les actes ont été posés avant les déclarations, les bottines ont précédé les babines. Et ces bottines-là ont écrasé tellement de choses, ces derniers temps, qu'on a peine à croire les belles paroles qui sortent aujourd'hui des babines.

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