Retour

La tourte voyageuse en partie victime de son ADN

Une faible diversité génétique, jumelée à la chasse intensive des humains, aurait précipité l'extinction en quelques dizaines d'années seulement de la tourte voyageuse (pigeon voyageur), une espèce qui comptait pourtant 3 à 5 milliards d'individus en Amérique du Nord.

Un texte d'Alain LabelleCet oiseau ressemblait à un croisement entre une tourterelle et un pigeon biset (Columba livia), celui que l’on retrouve dans nos villes. Avant l'arrivée des Européens, la tourte voyageuse (Ectopistes migratorius) était considérée comme le vertébré le plus abondant en Amérique, et possiblement dans le monde.

La tourte voyageuse formait d’immenses colonies qui enrageaient les agriculteurs, mais qui faisait aussi la joie des chasseurs et des cuisinières. C’est d’ailleurs à cet oiseau que l’on doit le terme tourtière. Les ornithologues expliquent que c'était un oiseau si facile à attraper, qu'un homme pouvait en capturer des centaines en une seule journée.

Une disparition rapide

Son incapacité à survivre en plus petites populations a toujours intrigué les scientifiques. L’une des théories, et les présents travaux tendent à la confirmer, est que cet oiseau s’était adapté parfaitement à la vie en gigantesques groupes, mais aucunement à celle en plus petites colonies isolées. Or, les changements rapides dans l’importance des populations se seraient produits si rapidement que l’espèce n’aurait pas eu le temps de s’adapter.

Des réponses dans les gènes

La chercheuse Gemma Murray et ses collègues de l’Université de la Californie à Santa Cruz, aux États-Unis, ont analysé la diversité génétique de spécimens empaillés retrouvés dans les musées nord-américains.

Leurs résultats, publiés dans la revue Scienceconfirment la très basse diversité génétique observée dans de précédentes études, mais contredisent ceux qui pointaient aussi vers l’instabilité de la population.

Selon les récents travaux, la taille importante de la population des tourtes - et sa stabilité durant des milliers d’années - aurait permis une évolution adaptative plus rapide et l'élimination des mutations génétiques nuisibles, entraînant une perte énorme de leur diversité génétique.

Ces oiseaux étaient ainsi parfaitement adaptés à leur environnement, mais n’étaient nullement capables de faire face à une nouvelle menace, comme la chasse humaine intensive qui a suivi l’arrivée des Européens.

Ces travaux montrent donc l'effet de la sélection sur le génome d'un vertébré et contredisent d’autres résultats qui laissaient croire que c’est l’instabilité de la population qui a contribué à l'extinction étonnamment rapide de l’espèce.

Ces connaissances peuvent, selon les chercheurs, nous permettre de mieux comprendre l'aspect génétique derrière une extinction, et peut-être permettre d'aider les efforts de conservation d’autres espèces actuellement menacées.

Plus d'articles

Commentaires