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Le calmar souffre-t-il avant d’arriver dans votre assiette?

Ce mollusque doté d'un système nerveux et d'une intelligence supérieurs à ceux des autres invertébrés pourrait devenir le prochain fruit de mer que certains hésiteront à manger. Après le homard, le calmar?

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

Nombreux sont les chercheurs à s’intéresser à la sensibilité et la conscience des êtres vivants. La cognition animale faisait d’ailleurs récemment l’objet d’une série de conférences prononcées par des experts venus du monde entier à l’Université du Québec à Montréal.

Parmi les questions soulevées, « est-ce que le calmar a un sentiment d’identité? » Oui, répond la conférencière Jennifer Mather, professeure à l’Université de Lethbridge, en Alberta.

Une créature intelligente

Contrairement à beaucoup d’invertébrés, les céphalopodes, qui regroupent la pieuvre, la seiche et le calmar, notamment, font preuve d’impressionnantes capacités cognitives.

Leur cerveau est étonnamment développé pour des invertébrés et comprend jusqu’à 500 millions de neurones, ce qui équivaut à ce dont dispose le chat, mais reste bien inférieur aux capacités de l’humain avec ses 16 milliards de cellules nerveuses.

Le calmar a, par exemple, la capacité d’apprendre au fil de sa vie. Les travaux d’observation ont démontré qu’une fois adulte, il parvient davantage à évaluer le danger posé par les prédateurs. « ll semble penser ses actions en fonction des conséquences », note Jennifer Mather.

L’espèce est aussi reconnue pour sa grande capacité à s’adapter. Le calmar est présent dans tous les plans d’eau salée autour du monde, froide comme chaude, près des côtes ou encore en profondeur.

On lui reconnaît même des capacités sociales, puisque, contrairement aux autres céphalopodes et malgré ses tendances cannibales, il se tient en banc parce qu’il apprécie la compagnie. Les changements de couleur sur sa peau se rapporteraient même à une forme de langage pour communiquer au sein de groupe, avance Jennifer Mather.

Mais souffre-t-il?

Pieuvres et calmars sont dotés de nocicepteurs, des récepteurs sensoriels de la douleur, affirme d’emblée Jennifer Mather.

« Blessé, le calmar développe une sensibilité locale et devient ensuite, en général, plus sensible, poursuit-elle. Il semble avoir conscience de sa blessure, et ajuste ses comportements en conséquence. »

C’est une indication, selon elle, qu’il peut ressentir la douleur, ajoutant cependant qu’il est difficile pour nous d’en être certains, de l'extérieur.

Comme pour le homard, il n'y a pas de consensus scientifique sur la capacité du mollusque à ressentir la douleur.

L’Union européenne a tout de même établi une directive pour encadrer l’expérimentation sur les céphalopodes afin de leur éviter douleur, stress ou détresse. Aucun autre invertébré ne profite de cette protection.

Jusqu’à votre assiette

Décider de le manger ou pas est davantage un problème éthique, estime la professeure Mather. « Plus on en apprend, moins nous sommes disposés à les manger, sachant qu’ils ont pu souffrir », reconnaît-elle.

Le calmar ne bénéficie toutefois pas d'une ordonnance comme en Suisse, qui oblige à tuer le homard avant de le cuire. « Je soupçonne que le homard et le calmar ont des points communs », note-t-elle cependant.

« Lorsqu’un animal est tué rapidement et gardé dans de bonnes conditions avant d’être tué, nous pouvons difficilement dire qu’il a souffert, convient la professeure à l’Université de Lethbridge. Mais avec la façon dont se fait la pêche, tous ces poissons capturés en filet, jetés vivants sur le pont jusqu’à ce qu’ils meurent asphyxiés, c’est une autre histoire. »

Contrairement au homard, le calmar arrive généralement sans vie, et congelé, à la poissonnerie. Il est rarement vendu vivant ici. Comme pour le homard, il peut être tué quasi instantanément en insérant un objet pointu au bon endroit dans sa tête.

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