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Le changement d'heure : on avance ou on recule?

L'un de ces deux moments de l'année qui créent souvent la confusion est revenu. On gagne ou on perd une heure cette fois-ci?

Ève Christian

  Un texte de Ève Christian

Saviez-vous que l'un des initiateurs du changement d'heure serait Benjamin Franklin? En 1784, il lui est venu cette idée pour économiser l'énergie en rentabilisant la lumière solaire. Il a fallu attendre la fin du 19e siècle pour que cette pratique devienne officielle.

Cette idée ne plaît pas à tous

La plus forte opposition vient des agriculteurs. Si on change ainsi l'heure, leurs journées de travail sont plus longues, car ils ne peuvent pas commencer les travaux agricoles trop tôt en raison de la rosée encore bien présente au sol. Et il semble que ce ne soit pas une bonne idée de changer les habitudes de traite des vaches. Elles s'adaptent difficilement et font des montées de lait!

Au service des guerres mondiales

C'est la Première Guerre mondiale qui donne le coup d'envoi pour avancer l'heure au printemps. L'importance d'économiser l'électricité et de bénéficier d'un surplus d'énergie pour fabriquer les munitions ou d'autres fournitures militaires a priorité sur la grogne des fermiers. Le Canada, l'Allemagne, l'Angleterre et les États-Unis avancent donc d'une heure au printemps. Mais cette pratique cause tellement de débats qu'à la fin de la guerre le gouvernement ramène tout le monde à l'heure normale.

Entre les deux guerres, c'est un peu à la va-comme-je-te-pousse. Indépendamment les unes des autres, les municipalités décident par référendum de passer à l'heure avancée durant l'été, mais elles doivent obtenir l'approbation du gouvernement. Montréal, Sherbrooke et Québec adoptent cette pratique.

Cependant, ce manque d'uniformité cause des décalages horaires entre deux villes peu éloignées l'une de l'autre : Montréal et Saint-Jérôme, dans les Laurentides, ont une différence d'une heure pendant quelques semaines en septembre 1929. En 1935, on décide de cesser ces changements d'heure personnalisés entre villes voisines.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l'histoire se répète en quelque sorte. En 1942, on adopte un décret instaurant l'heure avancée toute l'année dans tout le Canada, ce qui devient avantageux pour les mesures de guerre. Mais en septembre 1945, on l'abolit à nouveau.

La valse des aiguilles

Pendant les quelque 20 années qui suivent, le changement d'heure perd de l'intérêt auprès de la population et, surtout, du gouvernement. Puis, les règles changent au fil du temps.

  • En 1963 : l'heure est avancée du dernier dimanche d'avril au dernier dimanche d'octobre.
  • En 1986 : l'heure est avancée du premier dimanche d'avril au dernier dimanche d'octobre. Ces trois semaines de plus à l'heure avancée visent à économiser des milliers de barils de pétrole annuellement.

Comme les Gaulois

Comme la Gaule devant Rome, une province canadienne résiste encore et toujours au changement d'heure : c'est la Saskatchewan qui garde la même heure toute l'année, en grande partie pour des raisons agricoles. En termes clairs, quand le Canada passe à l'heure avancée, la Saskatchewan ne bouge pas les aiguilles de ses horloges et se retrouve dans le même fuseau horaire que l'Alberta.

À quelle heure faut-il changer l'heure?

On peut très bien ajuster montres et horloges à notre coucher, selon notre convenance, quoique de plus en plus d'appareils électriques et électroniques fassent automatiquement le changement d'heure.

Mais il est préférable de s'entendre sur un moment précis pour modifier les horloges et les réveils. Imaginez les rendez-vous manqués le dimanche matin si tout un chacun faisait ça à son goût. Donc, en 1966, on a décrété que le changement d'heure se ferait à 2 h dans la nuit du dimanche. Cela veut dire qu'à l'automne, il sera 1 h et au printemps, il sera 3 h.

En pleine nuit, il y a aussi beaucoup moins de conséquences sur la vie quotidienne. De plus, cela évite la confusion entre les jours, car si on reculait l'heure à 0 h 1 le dimanche, on se retrouverait à nouveau le samedi pendant une heure supplémentaire. Et ça, c'est problématique...

Les jumeaux nés une nuit de changement d'heure...

Supposons que des jumeaux naissent dans la nuit du samedi au premier dimanche de novembre. L'aîné naît à 23 h 58, le samedi, et le cadet, à 0 h 5, le dimanche. Si la convention du retour à l'heure normale était à 0 h 1, l'heure de naissance du cadet se retrouverait alors à 23 h 5 et celui-ci deviendra donc l'aîné! En soi, ce n'est pas si grave, sauf si ces nouveau-nés sont de familles royales. Qui héritera de la couronne?

Alors... on recule ou on avance?

Voici un truc qui vous permettra de vous en souvenir pour la vie :

  • Vous aimez la belle saison? Vous avez hâte d'arriver à l'été? Simple : en avançant l'heure au printemps, on se retrouve plus vite en été!
  • À l'opposé, si, comme bien des gens, vous haïssez l'hiver, vous aimerez ce recul d'une heure vous permettant de profiter d'un court délai supplémentaire avant que le froid s'installe!

Ou tirons profit de l'expression anglaise Spring forward, fall backward qu'on peut traduire par : « On avance vers le printemps, on recule à l'automne! »

Une idée, comme ça

Un Américain propose une idée farfelue pour modifier le changement d'heure au printemps. Au lieu d'avancer d'une heure dans la nuit du dimanche, pourquoi ne pas reculer de 23 heures? On se retrouverait alors le samedi une deuxième fois! Ainsi, on ne « perdrait » pas une heure de sommeil. On « gagnerait » presque une journée de repos!

Mais je vous entends penser. Si on agit ainsi, les calendriers seront décalés d'une journée annuellement. Cet Américain a la solution. Tous les quatre ans, au lieu d'ajouter une journée, on pourrait alors soustraire trois jours. Lesquels? Lundi, mardi et mercredi, car, selon l'opinion publique ce sont les jours les moins populaires. Et on les retirerait de février qui est, de toute façon, déjà en déficit sur les autres mois.

Et, tiens, pendant qu'on y est, profitez donc de ces moments pour changer les piles de vos détecteurs de fumée. Celle-là, c'est une bonne idée!