Discrets, rusés et intelligents, les coyotes sont à l'assaut des villes d'Amérique du Nord. Originaires de l'Ouest américain, ils se dirigent désormais partout où l'homme s'est établi. 

Un texte de Camille Martel

À Chicago, quelque 4000 coyotes sont partout dans la ville. Le chercheur et biologiste Stanley Gehrt, de l'Université Ohio State, est le spécialiste mondial de ces canidés qui, depuis une quinzaine d'années, s'installent en milieu urbain. Une adaptabilité qui n'avait encore jamais été observée par le chercheur.

Stanley Gehrt et son équipe ont commencé à les étudier après que des habitants de Chicago eurent commencé à apercevoir de plus en plus de coyotes. « Les gens étaient effrayés et ne savaient pas quoi faire », explique M. Gehrt.

Selon lui, l'une des raisons pour lesquelles la présence des coyotes a augmenté en si peu de temps est le fait que le marché de la fourrure nord-américain a subitement chuté au début des années 1990. Ainsi, la chasse a diminué et la population de coyotes a explosé.

Grâce à un camion équipé d'une antenne et de colliers émetteurs posés sur plusieurs centaines de coyotes, le chercheur est en mesure de suivre leurs moindres mouvements depuis maintenant 16 ans.

Ses recherches lui ont permis de démontrer que les coyotes s'étaient parfaitement adaptés à la vie urbaine et s'étaient même intégrés à son écosystème particulier. Par exemple, les coyotes s'installent prioritairement dans les parcs urbains, où ils se nourrissent de petits rongeurs.

De cette manière, leur présence est considérée comme positive parce qu'ils diminuent plusieurs populations de rongeurs qui causent des maladies graves, telles que l'hantavirus. 

Un autre élément particulier est le fait que les coyotes évitent l'homme à tout prix.

Effectivement, bien qu'ils se comptent par milliers à Chicago, les canidés passent inaperçus. Ils ont même modifié leur rythme circadien, au départ diurne, afin de s'aventurer dans les rues seulement lorsque l'homme dort à poings fermés.

Le problème : nourrir les coyotes

Une partie importante de la recherche de Stanley Gehrt consiste à comprendre si ces animaux font courir des risques à la population. En Ontario notamment, plusieurs cas de coyotes attaquant des animaux de compagnie ou des promeneurs ont été recensés au cours des dernières années.

Toutefois, les recherches ont démontré que le seul élément qui pose un problème en ce qui a trait à la cohabitation entre les humains et les coyotes est la nourriture. Si l'homme commence à offrir de la nourriture au coyote, le canidé perd sa crainte naturelle de l'homme et peut devenir agressif.

En 2009, Taylor Mitchell, une jeune chanteuse torontoise de 19 ans a été mortellement attaquée par plusieurs coyotes au parc national du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Il s'agirait de la seule mort humaine causée par un coyote.

Stanley Gehrt, qui a été dépêché sur les lieux après le drame, a élucidé cet événement isolé. Selon lui, les coyotes du parc national Cap-Breton se nourrissaient uniquement de jeunes orignaux, et cette année-là avait été difficile pour les orignaux. Résulat, les coyotes étaient affamés.

Une situation différente dans l'est du Canada

Pendant fort longtemps, le coyote était seulement présent dans l'ouest. Cependant, la chasse intensive du loup au 20e siècle, accompagnée de l'urbanisation massive du littoral est de l'Amérique du Nord l'ont presque éradiqué du territoire, laissant le champ libre au coyote. 

Lorsque le coyote s'est dirigé vers l'est, il a fait la rencontre du loup de l'est, une petite population de loups qui avait trouvé refuge au parc Algonquin, en Ontario. Ils se sont accouplés et ont créé un hybride : le coyloup. 

Ce nouvel hybride est désormais présent dans tout le nord-est du Canada, notamment en Ontario, au Québec, dans les Maritimes et le long de la côte est américaine, jusqu'en Caroline du Sud. 

Le chercheur Bradley White, généticien à l'Université Trent, en Ontario, étudie ces canidés depuis plus d'une vingtaine d'années. Pour lui, c'est un moment fort pour la science. « C'est l'évolution en action », dit-il. 

En raison de l'adaptabilité exceptionnelle du coyote et de la capacité du loup à se nourrir de plus grandes proies, M. White croit que le coyloup devrait encore plus se plaire en ville que le coyote.

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