Plusieurs personnes ressentent un malaise face au don d'organes. Doit-on ou non signer notre carte? Et même signée, fait-elle de nous un donneur potentiel?

Un texte d'Ève Christian

On trouve deux types de donneurs. Les patients morts de causes neurologiques constituent le type le plus courant de donneurs d'organes. Le patient doit alors répondre à des critères bien spécifiques, souligne le Dr Frédérick D’Aragon, directeur de recherche en soins intensifs, anesthésiologiste intensiviste et clinicien chercheur au Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke. Le patient ne respire plus par lui-même et son tronc cérébral, responsable des fonctions vitales telles que la fréquence cardiaque, le maintien de la pression artérielle ou encore l’état de conscience, ne montre plus aucune activité.

Afin de confirmer l’état de mort neurologique, le patient subit des examens physiques composés de tests neurologiques et d’un test d’apnée, où l’absence de respiration pendant une dizaine de minutes doit être confirmée. Il y a aussi plusieurs autres critères qui doivent être vérifiés, comme, entre autres, celui de confirmer par imagerie un saignement dans la tête. Une fois ces tests exécutés, le décès neurologique pourra alors être constaté.

L’autre type de donneur est une personne qui fait un arrêt cardiocirculatoire. Contrairement au premier cas, ce patient n’est pas mort neurologiquement, mais ses chances de survie sont infimes.

Dans ces cas, le médecin présente aux membres de la famille le sombre pronostic sur l'état du patient. Par respect et par délicatesse, cette annonce doit être séparée du moment où l'on expose à la famille la possibilité du don d’organes.

Si, à l’unanimité, la famille accepte que le patient soit donneur, il sera alors pris au bloc opératoire où on retirera le traitement de maintien des fonctions vitales, le respirateur artificiel et les médicaments qui gardent la pression artérielle à un niveau acceptable.

Le décès sera ensuite confirmé par l’absence de pouls et de respiration, et ce, à deux reprises en l'espace de cinq minutes, afin d’éviter tout phénomène d’autoréanimation; c’est habituellement un des éléments qui insécurisent les gens face au don d’organes.

Pas une course au prélèvement d’organes

Certains se demandent parfois si les médecins ne sont pas mus par le désir d’abréger la vie d’un patient pour s’assurer de prélever des organes en bon état. Le Dr D’Aragon tient à clarifier cette situation.

En moyenne, après trois jours, les médecins peuvent prévoir l’évolution des fonctionnalités vitales d’un patient. Ils peuvent estimer le potentiel du patient à retourner au niveau de base qu’il avait avant l’atteinte neurologique. Par exemple, ils vont savoir si le patient aura besoin d’un respirateur à vie, s’il sera capable de vivre « normalement ». Quand il y a une lésion neurologique, il y a des répercussions sur l’ensemble des organes du corps humain.

Consentement à devenir un donneur potentiel

Contrairement à ce qu’on croit, notre signature sur la carte d’assurance maladie ne nous assure pas qu’on sera donneur à coup sûr.

Lorsque l’état d’un patient lui permet de devenir donneur, deux scénarios sont possibles :

  1. Le plus fréquent est celui où le patient n’a pas signé sa carte. Les médecins demanderont alors à sa famille s’il aurait souhaité donner ses organes. La décision finale, qui devra être unanime, reviendra à la famille; si une seule personne s’y oppose, le don ne pourra pas se faire.
  2. Dans le cas où le patient a signé sa carte, encore là, c’est la décision familiale qui prévaudra. C’est ainsi parce l’opinion du patient peut avoir changé entre la signature de sa carte et le moment où il est admissible à donner ses organes. Donc, pour le corps médical, la famille du patient est la mieux placée pour savoir ce qu’il aurait souhaité faire dans de pareilles circonstances.

Selon le Dr D’Aragon, dans certaines provinces canadiennes, comme le Québec et l’Alberta, en théorie, la loi permet, selon un article dans le Code civil, d’aller contre les volontés familiales; mais dans la pratique, cette loi n’est pas appliquée. Le prélèvement ne se fera jamais à l’encontre de la famille.

Procédures du prélèvement à la transplantation

Une fois le consentement obtenu, le donneur est maintenu dans des conditions idéales pour le prélèvement. C’est à ce moment que sont faits des tests sanguins ou radiologiques sur le donneur, selon les organes disponibles et les patients sur les listes d’attente. Afin d’éviter la transmission d’infections au receveur, certains tests évaluent le fonctionnement de l’organe en fonction des critères déterminés par les chirurgiens qui vont effectuer la transplantation.

Ensuite, l’information est transmise au programme de transplantation, qui acceptera ou non l’organe. Le cas échéant, le prélèvement sera fait et la transplantation suivra.

Plusieurs équipes œuvrent sur les processus de décès, de prélèvement et de transplantation. Juste pour la partie prélèvement, deux ou trois équipes peuvent être impliquées selon l’organe prélevé.

Rein demandé

Le rein est l’organe le plus recherché au Canada, entre autres, en raison de la haute fréquence des maladies menant à l’insuffisance rénale, comme le diabète ou les problèmes d’hypertension. Mais le temps d’attente pour obtenir la transplantation d’un rein est de deux ans et demi à partir du moment où le patient est inscrit sur la liste d’attente. Évidemment, un malade n’est pas nécessairement admissible à la transplantation et à la liste d’attente dès le début de sa maladie.

Les statistiques générales indiquent un manque de donneurs au Canada. Au Québec, on retrouve 20,1 donneurs pour 1 million de personnes; au Canada, en moyenne, on retrouve 18 donneurs pour 1 million.

Par comparaison, les pays qui sont en tête de liste sont l’Espagne et la Croatie avec respectivement 35 et 39 donneurs/million.

Le Dr D’Aragon croit qu’en améliorant l’identification des donneurs par médecin ainsi que le taux de consentement, le nombre de donneurs augmenterait.

La semaine annuelle du don d’organes débute le dimanche 23 avril. C’est un bon prétexte pour en discuter en famille.

Merci au Dr Frédérick D’Aragon pour sa précieuse collaboration.

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