Les virus sont incapables de se reproduire seuls et n'ont besoin de rien pour survivre. Malgré cette apparente inertie, des chercheurs ont découvert que les virus se parlent entre eux. Cette découverte vient changer nos connaissances du monde viral.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Un virus doit infecter d’autres formes de vie pour survivre. Lorsqu’une cellule passe à proximité, le virus s’accroche à sa surface, injecte son code génétique dans la cellule et en prend le contrôle.

Le virus a alors deux options. Il peut forcer la cellule à fabriquer des copies du virus jusqu’à ce qu’elle éclate, ce qui va libérer des milliers de nouveaux virus. Il peut aussi s’intégrer au code génétique de la cellule et y rester en dormance jusqu’à ce qu’un signal lui donne l’autorisation de se réactiver.

Ce qui guide le choix du virus entre l’une et l’autre de ces options n’était pas encore tout à fait compris.

Toutefois, selon un article paru dans la revue Nature, il serait maintenant possible que ce choix ait lieu après un échange de messages chimiques entre les virus.

De la même manière que les bactéries parlent entre elles grâce à des molécules chimiques, les virus pourraient donc aussi « se parler ».

Les virus sous écoute

Les chercheurs ont fait cette découverte presque par hasard. Ces derniers étudiaient un type de virus appelé bactériophage, un virus qui infecte uniquement des bactéries. Ils voulaient initialement vérifier si les bactéries étaient capables de se lancer des avertissements pour prévenir une infection virale.

Ce qu’ils ont plutôt trouvé est une petite molécule fabriquée par les virus. Ils l’ont appelée Arbitrium parce qu'elle est capable de trancher entre deux décisions.

Dès qu’il infecte une bactérie, le virus commence à produire les protéines qui composent l’Arbitrium. Au fur et à mesure que les bactéries meurent, de plus en plus d’Arbitrium est libéré dans l’environnement.

À partir d’une certaine concentration, le virus arrête de tuer les bactéries et commence plutôt à s’intégrer au génome de sa cible pour entrer en dormance. Et au fond, pourquoi pas? Si un virus se multipliait au point de tuer tous les hôtes dans la région, il se mettrait lui-même en danger.

Cette molécule ne semble toutefois pas être le seul acteur dans ce choix. Les chercheurs ont remarqué que seulement 50 % des virus sont entrés en dormance après exposition à l’Arbitrium, tandis que d’autres entraient en dormance même s’ils n’avaient jamais été exposés à cette molécule.

Bien plus encore que changer notre vision des virus, cette découverte donne aussi une nouvelle cible thérapeutique aux chercheurs. Si cette communication existe ailleurs que chez les bactériophages, cibler et détruire les molécules que les virus utilisent pour communiquer et prendre des décisions permettrait de mieux contrôler une infection.

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