Une expérience mise au point par des scientifiques français permet de décrypter le code social véhiculé par la prosodie, cette mélodie appliquée à un mot lors de sa prononciation. Elle a ainsi permis de créer le parfait « bonjour » sincère. Explications.

Un texte d'Alain LabelleLe cerveau humain possède la capacité de décoder rapidement l’intention dans les mots prononcés par un inconnu. Son intonation révèle-t-elle une personne digne de confiance ou amicale? Une personne dominante ou hostile?

Selon des chercheurs de l’Institut de recherche et coordination acoustique/musique (IRCAM) à Paris, en France, l’humain se fait des représentations mentales de la personnalité de quelqu'un à partir des paramètres acoustiques de sa voix, un peu comme il se fait une image mentale d'une pomme (ronde, verte ou rouge, avec une queue...).

Le chercheur Jean-Julien Aucouturier et ses collègues sont parvenus à visualiser ces représentations mentales et à les comparer entre individus à l’aide de CLEESE, un logiciel qui permet de manipuler informatiquement la voix.

Maquillage sonore

À partir de l'enregistrement du seul « bonjour » lancé par une voix humaine, l'équipe française a généré aléatoirement pas moins de 70 000 prononciations du mot ayant toutes une mélodie différente, tout en gardant un ton réaliste.

Des participants ont ensuite été invités à choisir entre deux « bonjour » celui qui leur semblait le plus digne de confiance.

En analysant leurs réponses à ces enregistrements manipulés, les auteurs de l’étude ont pu caractériser expérimentalement l'intonation du « bonjour » sincère digne de confiance.

À quoi ressemble-t-il? La voix marque peu le « b », s’élève sur le « onjou » et mange le « r ».

Ces travaux ont permis à l’équipe française de visualiser le « code » utilisé par les gens pour juger de la voix d'autrui, et ont montré que ce code est partagé par les hommes comme par les femmes et est indépendant du genre (masculin ou féminin) de la voix écoutée.

La perception du langage

Les auteurs de ces travaux publiés dans la revue PNAS (en anglais) pensent que leur technique s'applique à un grand nombre de questions dans le champ de la perception du langage. Ils voudraient maintenant mener des travaux similaires sur une phrase entière ou vérifier si les représentations mentales dépendent de la langue parlée.

M. Aucouturier espère que cet outil permettra d’améliorer la compréhension d’éventuels troubles de la prosodie (l’inflexion, le ton, la modulation) et d’aider à la rééducation de la parole et à l’écoute de personnes victimes d'un AVC. En effet, certaines d’entre elles ont de la difficulté à distinguer une question d’une affirmation ou l’état émotif d’un interlocuteur, ce qui devient un handicap à la socialisation.

La méthode pourrait aussi servir à identifier la représentation des émotions, notamment auprès de personnes souffrant d'autisme.

La vidéo explicative qui suit a été produite par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).