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Le poisson-capitaine peut « voir » avec sa peau

La peau du poisson-capitaine perçoit la lumière différemment de ses yeux, ont déterminé des chercheurs américains.

Un texte d'Alain LabelleDepuis plusieurs années déjà, les biologistes estiment que certains animaux qui changent rapidement de couleurs, comme le Lachnolaimus maximus, ne le font pas seulement grâce à leurs yeux.

Ils pensaient bien que la peau jouait un rôle, mais ne pouvait pas l’expliquer.

Les biologistes Lori Schweikert et Sönke Johnsen, de l’Université Duke, ont montré que la détection de la lumière a évolué séparément dans les deux types de tissus (dans l’œil et la peau) chez le poisson-capitaine (hogfish en anglais).

Voir avec sa peau

Selon eux, le phénomène de photoréception dermique ne permet pas aux animaux de percevoir tous les détails de leur environnement comme c’est le cas avec leurs yeux. Il permet quand même une sensibilité aux changements de luminosité ou de longueur d'onde, tels que les ombres mouvantes projetées par des prédateurs ou les fluctuations de la lumière associées aux différentes périodes de la journée.

Le poisson-capitaine vit dans les eaux peu profondes et dans les récifs coralliens de l'Atlantique Ouest, de la Nouvelle-Écosse, au Canada, au nord de l'Amérique du Sud.

Sa peau peut devenir beige lorsqu’il se trouve dans le fond sablonneux de l'océan pour se cacher des prédateurs ou tendre une embuscade à des proies. Il peut aussi arborer un motif brillant et contrasté pour attirer un partenaire ou menacer un adversaire.

La clé de ces transformations réside dans des cellules appelées chromatophores qui contiennent des pigments et qui, lorsqu'elles sont activées par la lumière, peuvent les étaler ou les regrouper pour modifier la couleur ou le motif de la peau.

Dans leurs travaux, les chercheurs ont prélevé des morceaux de peau et de rétine d'une femelle capturée en Floride et ont analysé l’ADN pour savoir quels gènes étaient activés dans chacun des tissus.

De précédentes études laissaient à penser que, chez d’autres animaux qui changent de couleurs comme les pieuvres, la même voie moléculaire permet de détecter la lumière dans les yeux et par la peau.

Ce n’est toutefois pas le cas chez le poisson-capitaine, puisque pratiquement aucun des gènes impliqués dans la détection de la lumière dans la rétine des yeux ne se trouve activé dans la peau.

Les résultats montrent en fait qu’une voie alternative permet à la peau de percevoir la lumière, entraînant une réaction moléculaire en chaîne.

Le lien entre la vision cutanée et la vision des yeux qui mène à un changement de l’apparence du poisson reste cependant inconnu.

La peau sensible à la lumière fournit peut-être de l'information sur certaines caractéristiques qui dépassent le champ de vision de l'animal ou qui se situent en dehors de la gamme de longueurs d'onde que l'œil peut capter.

Quoi qu’il en soit, ces résultats montrent que les poissons ont trouvé une façon de « voir avec leur peau et de changer de couleur rapidement », affirme M. Schweikert.

Le détail de ces travaux est publié dans le Journal of Comparative Physiology.